Ne faîtes pas attention au sous-titre qui vaut ce qu'il vaut (c'est à dire pas grand chose), Nymphetamine serait une association entre Nymphomania et Amphetamine comme pour marquer une forte dépendance au sexe à la manière d'une dépendance à la drogue, ce qui explique le livret de cet album qui marque la naissance d'un nouveau
Cradle Of Filth, plus épuré tout en ayant retrouvé quelques réflexes du passé, pas franchement désagréables. Après Damnation And A Day qui a clairement divisé les fans, entre ceux qui appréciaient le côté brut musical et ceux qui regrettaient les ambiances vampiriques de la formation, le groupe ne savait plus exactement vers quelle direction tendre, aussi ont-il trouvé un compromis intéressant.
Sur Nymphetamine avec ses airs de retours en arrière,
Cradle Of Filth est en fait en pleine mutation. L'arrivée d'un nouveau guitariste,
James MacIlroy, permet au groupe de retrouver ses harmonies de guitares qui ont forgé son style, mais ce n'est pas là que le son progresse. On assiste ici à une espèce de ralentissement de la musique, on s'écarte de l'esprit purement black metal (oui, le gars du fond qui se trimbale avec un maquillage à la
Immortal, tu as bien lu !) des débuts pour arriver dans une zone plus particulière, où les influences heavy et gothiques ressortent un peu plus. Le chant reste particulier, entre "aboiements" et parties plus graves, malsaines et méchantes, il ne prend pas de nouvelle tournure, mais on constate tout de même une certaine évolution, ce qui est assez constant avec
Dani Filth . Sa voix a souvent progressé, s'est souvent modifiée avec le temps, évoluant du suraigu au plus haché avec une certaine facilité. Elle n'est pas au goût de tous, Dani ayant souvent été comparé à un chien, ou plutôt un roquet mécontent.
On retrouve donc un certain sens de la mélodie sans pour autant revenir au style romantico-gothique qui avait fait ses preuves sur Dusk... And Her Embrace par exemple. Gothique, oui, toujours, ou plutôt, à nouveau. Romantique ? Dans une certaine forme, mais ceux qui aimaient sentir des canines sur leur jugulaire en resteront pour leurs frais. Cradle évolue discrètement, mais évolue. Il se fait moins compact que sur Damnation And A Day qui apparait de plus en plus comme un exercice de style. A nouveau, le groupe se diversifie musicalement, il varie les ambiances, les styles, alternant le meilleur et parfois, hélas le pire (
Nemesis contient peut-être les pires de parties de guitare enregistrées par la formation, frustrantes de simplicité et tellement binaires qu'elles sonnent comme une insulte). Il ralentit le tempo pour développer un metal qui s'écarte du black pour s'ouvrir à un monde plus vaste, conservant les vocaux extrêmes pour garder une marque de fabrique. Le clavier reste très présent, distillant ses mélodies douces amères avec une certaine insouciance tandis que
Sarah Jezabel Deva est toujours présente pour donner de la voix et la réplique à Dani, sauf quand c'est
Liv Kristin, invité de luxe sur le morceau titre, pour une prestation remarquable de feeling et de douceur, Dani venant apporter la touche de rugosité nécessaire.
Treize compositions (quatorze en comptant la version edit de
Nymphetamine (Overdose)) plus tard, on se rend compte que
Cradle Of Filth nous a invité à un voyage musical barré et salvateur. Les compositions sont longues, racées, sans pour autant être parfaites. Le groupe est à nouveau capable de créer des ambiances de folies comme sur
Mother Of Abominations dont l'introduction reprend les invocations chères à Lovecraft, auteur dont Dani à déjà prouvé son affection, celles qui concernent sa créature mythique, le tout puissant Chtulhu. La mélodie cède souvent sa place à la haine, sans être aussi dure que sur le précédent opus. Cradle se forge une nouvelle identité, plus complexe, plus malsaine aussi, sans pour autant se renier, on reconnait toujours la touche du groupe malgré l'évolution des membres depuis les débuts, Dani restant malgré tout son âme damnée.
Cradle Of Filth livre là un très bon album, certes imparfait, certes moins somptueux que par le passé, mais il s'écarte un peu du monolithisme propre à Damnation And A Day, dans sa volonté de ne pas proposer deux fois le même album. Sans être imparable, Nymphetamine est un renouveau, un nouveau départ, vers des horizons différents. L'identité est toujours là, forte, présente, mais l'évolution est en marche. Ce qui ne sera bien sûr pas au goût de tout le monde, des fans comme des détracteurs qui verront là de nouvelles armes pour étayer leurs arguments anti COF. Il en sera toujours ainsi, pour ce groupe maudit par une génération de metalleux obtus...