Moins d’un an après le premier album du groupe « Suden Uni »,
Moonsorrow repart en guerre avec ce nouvel opus intitulé « Force et Honneur ». De la force, les cinq finlandais n’ont pas l’air dans manquer et l’honneur est une des plus fortes valeurs prônées par le Pagan metal. Genre dont ils deviendront vite les leaders avec le succès considérable de ce second opus, qui annonce le chef-d’œuvre que sera « Kivenkantaja ». Et il est surprenant de constater la maturité et l’évolution dont a fait preuve le groupe en même pas un an !
«
Voimasta Ja Kunniasta » est un album très dense. Ce sont ses six morceaux d’une durée moyenne de huit minutes qui le rendent si profondément intense. Alors que généralement des pistes aussi longues ont tendance à être languissantes avec des solos guitaristiques qui durent éternellement et des pièces qui trainent en longueur, les musiciens de
Moonsorrow se font l’art de la dissertation musicale. Ainsi c’est avec un talent remarquable qu’ils mènent ces longs morceaux, les faisant évoluer en y développant une ambiance propre. Contrairement à l’opus précédent qui souffrait de quelques longueurs, ce «
Voimasta Ja Kunniasta » s’écoute d’une traite – la construction des morceaux et leurs multiples variations étant un solide rempart à l’ennui. Cependant, la musique de
Moonsorrow nécessite une attention toute particulière si l’on souhaite s’immerger totalement dans cet univers médiéval prenant que nous proposent les musiciens.
Rappelons que le co-fondateur de
Moonsorrow Henri Sorvali (guitare) n’est autre que le bien connu « Trollhorn » - claviste de
Finntroll. Mais tandis que ces derniers se font une spécialité des morceaux cours, festifs et plutôt abordables, Ville Sorvali – qui demeure le principal compositeur de
Moonsorrow – met en place dans son groupe une atmosphère d’une toute autre envergure. En effet, vous découvrirez dans «
Voimasta Ja Kunniasta » une musique très distante et majestueuse, qui peut aussi bien officier de fond sonore que de véritable objet d’étude. Du fait de la fusion parfaite des instruments, qui forment un véritable tout homogène surplombé par ce clavier épique et profond. On peut donc – si on écoute
Moonsorrow que d’une oreille – n’y voir qu’un long souffle guerrier aux multiples résonances ; en revanche si l’on souhaite comprendre et se plonger à fond dans la musique du groupe on y trouvera bien plus que de simples morceaux longs aux allures cinématographiques.
Car les cinq finlandais ont l’art de faire une musique qui est plutôt simple structurellement et instrumentalement. Seulement elle trouve tout son intérêt dans les sonorités traditionnelles chères au groupe qui sont emmenées par toute une troupe d’instruments folkloriques – avec la flûte et l’accordéon au premier plan – appuyant le clavier au travers de mélodies entrainantes qui ne souffrent jamais d’un excès de grandiloquence et d’exaltation. Ce qui est prenant chez
Moonsorrow ce sont ces mélodies guerrières teintées de mélancolie et de rage qui sont, il est vrai, récurrentes dans le Pagan metal. Mais ce qui place
Moonsorrow au dessus de la moyenne c’est la faculté surprenante de ses musiciens à produire des compositions bien dosées et d’un équilibre parfait, ce qui empêche le groupe de sombrer dans l’excès ou dans la facilité – lui conférant une crédibilité musicale inébranlable.
Cet équilibre se retrouve aussi bien dans les instruments. Chacun à sa place attitrée, son rôle précis qu’il remplit raisonnablement avec succès – sans jamais empiéter sur le terrain des autres. Les guitares ont su trouver le juste milieu entre rythmes galopants, frénésie guerrière et mélancolie, tandis que le chant de Henri Sorvali se fait tantôt discret, puis rejailli dans un élan de rage et de déchirement. Les chœurs, eux aussi, pointent le bout de leur nez au moment propice et restent toujours dans la marge du raisonnable.
C’est donc avec une grande habileté que
Moonsorrow produit cet album de qualité qu’est «
Voimasta Ja Kunniasta ». Un album qui malgré tout n’est pas parfait et certains auront du mal à se plonger dans cette musique aussi dépaysante qu’elle est efficace. Une musique qui résonne comme un long cri de souffrance - une rumeur d’agonie - qui semble émaner de tout les peuples païens qui ont régné, il fut un temps, sur le sol que nous foulons.