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Chronique de Honor Found in Decay

Neurosis  - Honor Found in Decay (Album)

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Roi fatigué sur son trône avachi



A la lecture d’un des nombreux billets intéressants rédigés par Pierre Jourde, il m’a semblé que cette phrase en particulier résumait bien l’atmosphère de plus en plus infecte qui parasite la critique musicale de nos jours. "La flagornerie universelle est beaucoup plus humiliante pour un créateur qu'une vraie critique portant sur son travail." Vérité profonde, phrase sentencieuse qui résonne d’autant plus que cette année m’a prouvé qu’au lieu d’une critique digne de ce nom, intellectuelle, poussée et indépendante, on trouvait un ersatz de bourgeois emperruqué prêt à se courber devant les Grands pour se faire bien voir et grandir de même. Neurosis est immense, on le sait. Immortel, sans aucun doute. Mais lorsqu’un colosse présente la première faille de son cheminement terrestre, et que les fidèles ont pris l’habitude de le vénérer sans réfléchir à ce qui fait de lui un « homme », cette faille est comme dissimulée derrière une épaisse brume, artificiellement propagée par des années de gloire et un amour définitivement aveugle. Mais le rôle de la critique, s’il devient de plus en plus empoisonné par des visées promotionnelles bassement mercantiles, est bien de discuter, présenter son point de vue sur des artistes, quitte à se blesser soi-même en reconnaissant que celui que l’on portait au-dessus des autres s’affaiblit.

Tout laissait pourtant de nouveau deviner une énième réussite musicale de la part de Neurosis, encastré, encimenté sur son trône depuis des lustres, et qui commence tout juste à voir poindre des successeurs potentiels à ses pieds. Un artwork magnifique, certainement le plus beau de leur carrière, mystique et intriguant, terriblement visuel comme ce que suggère leur univers depuis Souls At Zero. Un nom, puissant, lourd de sens, déjà culte : Honor Found In Decay. Une apocalypse de plus, dans la lignée de Through Silver In Blood, on s’y attend, des étoiles plein les yeux, il y aura du bruit et de la fureur. Mais rien de tout ça. Juste une impression, un espoir fugace, qui se brise comme l’océan fougueux sur les rocs d’une pointe écossaise. Neurosis poursuit sa route, surprenant toujours, mais cette fois-ci en mal, malheureusement.

« We All Rage In Gold » malgré tout, poème épique, drame musical, qui ouvre prodigieusement cet album. Le chant de Scott Kelly qui éclate, toujours aussi bon, et qui met une gifle si l’on regarde de près l’âge vieillissant du bonhomme, encore capable de faire de si beaux cris, retentissant vers le ciel stupéfait. Une fin magnifique, Doom, tragique, et des mots toujours aussi forts, porteurs d’une mythologie de la quête démarrée il y a bien longtemps et qui n’est toujours pas achevée :The battles break me but I am given to the lost lord, within the circle of the clarion's eye. Des textes sublimés par un chant de moins en moins violent, dans la lignée d’A Sun That Never Sets ou The Eye Of Every Storm, le duo Kelly/Von Till perfectionnant sa complétude et son charme, sur le très étrange « Bleeding The Pigs » par exemple, tribal et expérimental, comme tout droit sorti des entrailles béantes du meilleur de Through Silver In Blood, la résignation en plus peut-être, ou bien la sagesse du maître qui a tout vu et tout compris : On the wind we're forced to call. Call upon the fates as always.

Mais nombre de sages sont passés en ces temps obscurs, et Neurosis ne surprend plus vraiment, il ne vendange plus le ciel novice comme lui aurait dit René Char. De fait, il laisse poindre son âge à l’horizon, notamment sur « Casting Of The Ages », dont le titre pourrait faire l’objet de blagues en tout genre. Trop lent, mou, répétitif, loin du groupe combatif ou contemplatif que l’on a connu. Un guerrier usé, qui sort parfois son cimeterre, pour frapper des coups dans l’eau, comme un Xerxès l’Hellespont, rageur de n’être point enragé, comme le prouve « Raise The Dawn », qui contient son lot de bons moments autant qu’elle épuise par sa neutralité et sa fausse lourdeur. De même, « My Heart For Deliverance » et son riff principal insipide, vaine sur pratiquement toute sa longueur, jusqu’à un final soigné malgré tout, à l’image de celui de « We All Rage In Gold » avec la complainte presque humaine de son violon, qui font de ce Honor Found In Decay l’un des albums où Noah Landis apporte le plus son talent. Des sursauts surviennent pourtant, comme l’excellent « All Is Found…In Time », mélange habile entre tribalisme Noisy (Roeder a un jeu toujours aussi excellent) et résonances Post-Rock discrètes.

La vérité c’est que Neurosis a toujours ce mérite immense de se situer là où on ne l’attend pas. Indigne successeur de Given To The Rising, Honor Found In Decay est de nouveau à part dans la discographie, et s’il ressemble à un mix étrange entre un Through Silver In Blood fatigué et un A Sun That Never Sets moins fascinant, il a sa particularité, il reste un album de Neurosis, avec ce qu’il a de sublime, de déstabilisant, la frustration en plus certainement, d’avoir l’impression d’écouter pas grand-chose, de ne pas ressentir le même frisson grandissant à chaque écoute. On l’a dit, les successeurs se bousculent au pied du trône, et si d’ordinaire le Roi pouvait d’un pied las les écraser sans autre forme de procès, il risque de voir poindre un régicide à la hauteur, qui l’a certainement toujours été, mais qui attendait ce moment de faiblesse dans la vie de ce titan, pour asseoir son nouveau règne (qui a dit Cult Of Luna ?). Le Roi n’est pas mort révolutionnaires assoiffés, il est juste fatigué, et c’est ce qui transparait le plus dans ce Honor Found In Decay, fatigue qui le rendrait presque touchant.



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Honor Found in Decay - Infos

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Infos de Honor Found in Decay
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Sortie : octobre 2012
Genre : Hardcore
Label : Neurot Recordings
Playlist :
1. We All Rage in Gold (6.36)culte !culte !
2. At the Well (10.05)
3. My Heart for Deliverance (11.40)
4. Bleeding the Pigs (7.20)à écouter en premier
5. Casting of the Ages (10.03)
6. All is Found...In Time (8.50)à écouter en premier
7. Raise the Dawn (5.57)
écouter : Ecouter l'album



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