Jouissant d'une popularité qui allait crescendo, surtout en Europe,
Twisted Sister s'attaque à son troisième album avec une espèce de rage au ventre, une faim qui confine à la hargne. En passant cette pochette hideuse confinant au ridicule (mais qui, paradoxalement, est l'une des plus connues du genre... enfin, quand on connait la facilité des gens à se remémorer le plus moche, ça n'a rien d'étonnant en fait)), on entre de plein pied dans un univers un peu tordu, variant les plaisirs, entre un heavy burné et des passages plus rock'n'roll et séduisants.
Stay Hungry, c'est déjà le morceau-titre, véritable hymne énervé qui ouvre les hostilités avec sa rythmique frénétique et ses guitares virevoltantes, où le chanteur
Dee Snider pose une voix tout juste éraillée et en définitive, très agréable. Quelques choeurs virils pour montrer que maquillage ne rime pas forcément avec fillette et on découvre un petit standard du heavy metal estampillé années 80, rafraichissant et généreux. Une très bonne entrée en matière, surtout que le groupe enchaîne avec le joyeux et bon
We're Not Gonna Take It, aux contours plus rock, plus carrés, qui donne la pêche.
L'album fait la part des choses entre compositions vindicatives et pièces sautillantes comme
We're Not Gonna Take It. On se laisse facilement entraîner dans l'espèce de folie sous-jacente, avec ce
Burn In Hell aux allures dégénérées, que
Dimmu Borgir reprendra avec un certain bonheur des années plus tard. On se laissera bercer par la power ballad
The Price sur laquelle Dee Snider flirte entre mélodie et hargne dans son chant, toujours à la frontière des deux. Stay Hungry est un album audacieux, direct et varié. Il dégage cet esprit rock'n'roll typique des débuts de cette scène heavy US, sans être aussi glamouze que
Mötley Crüe malgré un look à coucher dehors et une espèce de pseudo provoc' à deux balles qui passera inaperçue avec les excès de
W.A.S.P.
Stay Hungry, c'est un album suffisamment sale pour être plaisant, avec la touche de folie primordiale pour ne pas avoir l'effet pétard mouillé. Une image du heavy ricain de l'époque, en éternelle concurrence avec le mouvement plus barbare qu'était alors le thrash. Un groupe qui écrit et qui joue bien et qui atteint ici son apogée.
Twisted Sister sort un disque inespéré, qui vient saluer une dizaine d'année de carrière dont la plupart passées dans l'ombre, ignoré de tous. Une belle revanche pour un groupe que l'on attendait pas à ce niveau. Les amateurs du
Kiss le plus virulent apprécieront cet opus. Certainement pas l'album le plus représentatif d'un genre, mais un bon petit classique, qui fait toujours bien dans une bonne cdthèque metal.