Cradle Of Filth... Un groupe qui attire tous les quolibets les moins flatteurs de la part d'une large frange du public metal qui leur crache dessus pour le mercantilisme qu'ils représentent, pour une vision qui diffère de celles qu'ils ont pour le black metal, parce que c'est Cradle, tout simplement. La formation que l'on aime détester par principe, comme si c'était dans le code d'honneur de tout bon metalleux qui se respecte. Ou pas. Quand on se penche sur la carrière du groupe, on découvre un tas d'albums qui sont majestueux dans leurs sonorités et leur interprétation, avec des textes riches et évocateurs, mêlant Eros et Thanatos. Et allant d'évolution en évolution, jusqu'à ce Nymphetamine qui avait sonné le vent de la révolution, révolution qui se parachèvera sur ce Thornography pour le moins étrange.
La pochette, sans être un indice en soi, est différente. presque laide pour du
Cradle Of Filth qui nous avait toujours habitué à mieux pour ses albums, voire pour bon nombre de ses EP (Vempire...). Ici, sans être laid, c'est complètement hors des habitudes de
Cradle Of Filth. On ressent presque un certain désespoir devant cette jaquette ou pour une fois le logo du groupe ne prend que peu de place. Une première, là également.
Et la formation s'écarte du black metal symphonique, musicalement parlant du moins. Les claviers sont relégués au second plan, ils sont bien plus discrets, il ne s'imposent pas. Juste un fond, un accompagnement, mais pas une force motrice comme par le passé. Les interventions sont espacées. Elles ne prennent que rarement le dessus. C'est la guitare qui guide l'oeuvre. La sonorité est donc très différente de ce que l'on a l'habitude d'entendre. Si l'on devait faire un comparatif audacieux, il serait bon de rapprocher Thornography du Endorama de
Kreator. A l'instar de ces derniers, Cradle casse ses codes pour se réinventer un spectre musical sur un album précis. Ici, la formation anglaise navigue entre musique gothique et une forme de metal moderne, assez compliqué à décrire, mais éloigné des critères habituels propres aux albums précédents. Même s'il règne toujours une certaine ambiance, elle est moins imposante que par le passé, elle se laisse approcher plus qu'on ne la subit. En optant pour une formule plus directe,
Cradle Of Filth sacrifie et sa sensualité et son onirisme dark.
Le chant de
Dani Filth reste principalement dans un registre black, même si on note de nombreux passages où il utilise sa voix grave, qui lui réussit bien sur cet album. Il peut paraitre par moment en décalage, il sait également se mettre en retrait, comme pour l'excellente reprise de
Temptation du groupe Heaven 17, où il se contente de donner quelques effets, préférant laisser le chant principal à Harry, Dirty Harry, une jeune femme à la voix rocailleuse à souhait.
Alors effectivement, Thornography est déstabilisant pour le fan, qui ne trouvera que très peu de repaires, sinon dans le chant, et encore, avec des bémols. Quelqu'un qui connait
Cradle Of Filth de réputation aura des problèmes à deviner qu'il s'agit de ce groupe sur des compositions comme
Dirge Inferno par exemple, pourtant admirablement bien réalisée. La formation a évolué, que cela plaise ou non. Et malheureusement, dans cette évolution, le groupe a perdu une partie de son âme, qui se traduisait bien souvent par ce romantisme presque palpable qui ici fait cruellement défaut. Ce n'est plus la même chose. Mais plutôt que de fustiger inutilement les musiciens, il convient de noter que l'initiative est louable,
Cradle Of Filth commençant immanquablement à tourner en rond.
Thornography est une prise de risque non négligeable, mais nécessaire à la survie du combo, au bord de l'implosion artistique. Une prise de risque mesurée et parfois incompréhensible, qui fera grincer des dents.
Cradle Of Filth donne involontairement des armes à ses détracteurs avec un album qu'il est si facile de haïr ! Un peu comme le Endormara de
Kreator en somme. Mais là où les Allemands ont réussi un album entier, les Anglais se perdent en chemin, en sacrifiant trop de choses qui font parti de leur culture au profit du changement impératif. Mais Thornography n'est pas un album à jeter, loin de là. Même s'il est dans l'ensemble moyen, il dispose de quelques pépites susceptibles de surprendre les auditeurs de tous poils. Une réussite dans l'échec ? Non, ce serait présomptueux. Mais un album nécessaire pour continuer à exister.