C'était ce qu'avait déclaré un journaliste du magazine Rolling Stone au sujet d'
Uriah Heep et de cet album. Une phrase qui se veut vide de toute complaisance à l'égard du groupe et de son travail, à une époque où le hard rock et le heavy metal n'en étaient qu'à leurs balbutiements. Et jusqu'à preuve du contraire, le journaliste n'a jamais eu les cojones de joindre l'acte à la parole puisque
Uriah Heep, malgré cet acharnement, a su le faire...
Quand le groupe Spice entre en studio en 1969, il était loin de se douter que son producteur lui imposerait un claviériste (comme c'était alors la mode), ni que celui-ci serait le talentueux
Ken Hensley qui prendra toute son importance par la suite. Pour le moment, il se contente d'arranger les compositions qui étaient déjà prêtes pour y ajouter des nappes d'orgue Hammond à la manière d'un
Deep Purple. Et il était fort probable que ce combo, Spice, ne s'attendait pas à changer de nom durant la genèse de cet album dont le titre fait référence à un personnage que l'on retrouve dans le livre David Copperfield de Charles Dickens. Ce personnage, c'est l'odieux
Uriah Heep. Pour la petite histoire, la pochette originale aurait dû représenter les musiciens dans une espèce de décor victorien poussiéreux, mais le guitariste
Mick Box n'étant pas satisfait du travail, s'est amusé à recouvrir le chanteur
David Byron d'une couche substantielle du produit destiné à créer de fausses toiles d'araignées. D'où cette jaquette européenne, devenue une image forte pour le groupe et une espèce d'icône des années 70.
Le fait que
Deep Purple soit le voisin de studio d'
Uriah Heep à cette époque n'influencera en rien le style des ex-Spice.
In Rock était un disque défouloir où un groupe déversait sa fougue sans états d'âmes pour une clarté de son parfois défaillante.
Very 'Eavy... Very 'Umble est un album plus réfléchi, avec une réelle recherche mélodique même si une certaine recherche dans la dissonance est à noter (le solo mêlé de clavier et de guitare sur le classique
Gypsy). Ce qui distingue
Uriah Heep à cette époque est la recherche vocale. Si David Byron est un chanteur parfois un peu maniéré (il suffit de prêter attention à sa diction excellente ; d'ailleurs, la ballade
Come Away Melinda servira longtemps de cours de diction en Allemagne), le travail sur les choeurs est absolument magnifique vu que chaque musicien était capable de chanter. Cela apporte du relief et fera école durant les années 70 ; des groupes comme
Queen ont dû beaucoup s'inspirer de ce travail.
Very 'Eavy... Very 'Umble dessine déjà ce que sera le style de
Uriah Heep sur toute une décennie : un hard rock soigné et lyrique qui n'hésitera jamais à sonner de façon prog' pour enrichir son style. Tout ce que l'on peut reprocher à cet album est un manque d'homogénéité, un défaut récurrent chez les jeunes groupes de cette époque. Mais plutôt que de s'arrêter sur ce qui ressemble à un détail un peu gênant, il convient de noter que
Uriah Heep fait bonne figure sur un disque qui sait être touchant et qui augure de belles choses pour la suite. Et ça, le groupe le prouvera quelques mois plus tard avec le magistral
Salisbury.