Dans les abîmes ténébreux, la haine fit naitre l’essence originelle d’un art noir régis par des lois tacites. Ces vertus déterminantes lièrent nombre de groupe par un pacte implicite fort, à un sombre dessein commun.
L’un de ces préceptes prégnant caractérisait l’intransigeance avec laquelle les adeptes de cette nouvelle vénération obscure exécraient toute évolution artistique. Aucune volonté quelle qu’elle soit de s’écarter, un tant soit peu, du dogme, dans une vision plus large d’un concept musical plus nuancé, en le rendant, par exemple, plus intense par l’ajout d’instruments ou de mélodie moins âpres, ne fut admises. Ces projets furent jugés, alors, comme une immonde traitrise par les puristes adeptes d’un Black Metal primitif immaculé. Dans un minimalisme, parfois, génial, naquit alors certaines œuvres splendides. Fruit délicieusement putréfié de groupe aujourd’hui culte tels que
Darkthrone ou
Immortal.
Pourtant le commandement visant à interdire, ou à endiguer, toute altération était inepte. Car, en effet, l’évolution, même artistique est un processus de nature fondamentalement normal, ne serait-ce que par l’acquis d’expérience résultant de la pratique d’un instrument, ou d’une technique. Dès lors l’élargissement vers de nouveaux horizons fut établi. Assaillis de toute part par de nouveau mouvement plus créatif, tels que le Black symphonique ; le Black ancestral, dès lors affublé de l’épithète ‘‘True’’ pour mieux affirmé sa non-appartenance à cette décadence, fut contraint de ceder face à cette disgrace. Cependant certains restèrent sourds à ce bouleversement qu’ils considéraient comme un abject pervertissement, continuant de défendre, de manière intègre, un art noir séculaire.
Assurément
Tsjuder, à l’instar d’
Urgehal et de quelques rares autres, fait partis de ces guerriers unis sous la bannière du refus du compromis créatif, quel qu’il soit. D’ailleurs il fait sien une devise qui caractérise très précisément sa conception musicale : ‘‘ No Synthetizers, No Female Vocals, No Fucking Compromises’’. Un adage purement artistique puisqu’il s’empresse d’ajouter, accord commercial oblige, que son batteur, Anti-Christian est contractuellement lié au fabricant d’instrument Premier. Ce détail, cocasse, est sans importance puisqu’il ne remet absolument pas en cause l’intégrité créative de l’univers de
Tsjuder.
Et Desert Northern Hell ne peut démentir la doctrine sans concession de ces norvégiens. Alors que cette œuvre n’est que son troisième véritable chapitre diabolique, il démontre cependant toute son excellence à défendre un Black Metal aux fortes influences Thrash, et qui n’est pas sans nous évoquer, aussi, les premières œuvres d’un certain
Immortal.
D’emblée la qualité de ce son puissant, clair et précis, nous pénètre profondément ; avant que les vertus admirables de ces titres ne nous submergent. Dans un assemblage, assez exceptionnel,
Tsjuder mêle ses deux aspirations les plus évidentes, et défend, âprement, son art au son de ces guitares acérés, de ces voix pénétrantes, mais aussi au son de quelques délicieuses nuances.
Pour ce faire il procède en unissant subtilement passages destructeurs convulsifs, blast beat, caractéristique d’un Black traditionnel qu’il n’hésite pas à associer à d’autres dont la vélocité est plus spécifique au Thrash. Il va même jusqu’à s’aménager des plages plus pesante, plus ‘‘mélodique’’, plus mid-tempo (l’excellent final du non moins excellent Ghoul,
Possessed, ou, par exemple, le préambule de Unholy Paragon). En parlant de cette démarche d’union de musique extrême, où les norvégiens allient avec droiture diverses influences ; il nous faut absolument évoquer Mouth to Madness. Ce titre en est un exemple incontestable. Démarrant sur les bases d’un Heavy lourd et malsain, il enchaine magnifiquement sur la fébrile vivacité d’un rythme, et d’un riff, Thrash nerveux avant l’apothéose néfaste d’un Black ravageur.
Notons encore l’hommage rendu à Quorthon, avec la reprise, fidèlement retranscrite, de Sacrifice, de
Bathory.
L’ensemble des titres de cette œuvre met donc en exergue non seulement les dons exceptionnels de musiciens aguerris, mais aussi leur formidable capacité à composer des morceaux d’une cohérence incroyable où leur extraordinaire sens du break semble inné. Et si
Tsjuder est assurément un groupe pour lequel l’unanimité, au sein d’une caste aguerris, n’a jamais réellement fait débat ; Desert Northern Hell est son épitaphe la plus universellement saluée. Alliance sagace de Black, de Thrash et, parfois, de Heavy sombre ; cet œuvre donne toute la mesure d’un groupe au talent immense dont nombreux regrettent, aujourd’hui encore, la tragique disparition.