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Chronique de Enter

Within Temptation  - Enter (Album)

Invitation



Avant de commencer cette chronique, je vais faire une petite parenthèse.

Je n'aime pas parler de moi, je n'aime pas utiliser le premier pronom, le plus personnel lorsqu'il s'agit de parler d'un disque. Parce qu'une chronique, c'est une histoire dont le disque est le héros et les musiciens sont les protagonistes, une histoire qui peut être belle ou qui peut s'achever bêtement.

Je n'aime pas écouter les premiers essais de Within Temptation parce qu'il me font monter les larmes aux yeux, immanquablement. Ce n'est pas parce que mon côté fleur bleu transparait ou que la musique est tellement belle que je fond, non. Je pense simplement toujours à la personne qui m'a fait découvrir le groupe et qui aujourd'hui n'est plus là pour partager sa passion avec moi. Voilà, je voulais juste rendre un hommage à Sophie Eloïse. Paix à son âme. Fin de la parenthèse.



En 1997, le metal à voix féminine n'était pas aussi en vogue qu'actuellement, ce n'était pas encore une mode où des tas de groupes pas forcément inspirés allaient s'engouffrer. Aux Pays Bas, The Gathering faisait office de pionnier avec son doom plaisant emmené par la pétillante Anneke Van Giersbergen, aussi ce n'est peut-être pas si étonnant de voir que Within Temptation provient également du plat pays et que musicalement, on a droit à une espèce de doom symphonique et atmosphérique aux passages instrumentaux souvent éthérés.

Sur ce premier album, on retient surtout la voix cristalline de Sharon Den Adel absolument superbe, une voix qui porte la réussite de cet album à elle seule quasiment, puis on retient encore Restless, longue ballade somptueuse aux guitares qui savent rester discrètes, une ballade placée étrangement en ouverture, à une place peu habituelle et on se souvient qu'Anathema avait déjà pris ce risque sur le somptueux Eternity. On se laisse porter, guider par Sharon dont le chant donne presque la chair de poule. C'est beau et dans le style, c'est peut-être bien l'une des plus belles ballades.

En revanche, on passera sur la voix du guitariste Robert Westerholt qui manque singulièrement de panache. Voulant s'imposer dans un style guttural, il lui manque une certaine technicité et son chant en pâti. Une voix en carton pâte serait-on tenté de dire avec un sourire ou plutôt un ricanement. Elle passe nettement mieux quand elle est superposée sur celle de Sharon comme c'est le cas sur l'épique Gatekeeper. En revanche, Deep Within se montre plus indigeste, malgré la présence du grogneur d'Orphanage George Oosthock. Peut-être que l'absence de Sharon se montre préjudiciable.

Et on se retrouve à voyager avec le groupe le long des huit titres qui composent cet album, à apprécier les mélodies soignées que Within Temptation se charge de placer sans pour autant que l'ensemble ne soit réellement mou. Et même s'il n'y a pas vraiment de morceaux explosifs, que les tempos ne sont jamais trop enlevés, il suffit de fermer les yeux pour apprécier la noirceur qui se dégagent des compositions, une mélancolie qui n'en fait pas de trop, qui se laisse apprivoiser docilement. Et quand c'est terminé, on se souvient du plaisir qu'on a eu à frémir sur la belle Pearls Of Light ou de la justesse d'un Candles qui vient clore les débats de très belle manière. Puis on se remet sur Restless juste pour le plaisir.

Enter est un premier album qui a du chien, à défaut d'avoir du répondant à toute épreuve. Si Robert avait choisi un autre type de chant, peut-être aurait-il pu donner un autre cachet à l'ensemble qui souffre de ces vocaux gutturaux mal interprétés. On assiste aux premiers pas d'un futur grand nom, assurément.

 8 
10



S‘interroger sur l’intégrité de Within Temptation n’est pas nécessairement inapproprié, et surtout si ce questionnement s’appuie sur l’unique argumentation de ce mercantilisme accrue apparue après le succès rencontré par un Mother Earth, décliné en diverses formes (dont chacun jugera de l’intérêt) qui, on peut le penser, est la conséquence directe de ce sentiment naissant de désir commerciale ambitieux légitiment humain. Si le doute est réellement permis, ceux qui pensent pouvoir ajouter, à charge, à cette ignominieuse traitrise celle d’un changement de style évidement dicté par un abjecte opportunisme se trompent assurément. Car il est évidement notoire que le groupe modifia son visage, passant d’une œuvre essentiellement doom, légèrement death, mais surtout gothique dans les méandres d’un Enter infiniment lent, infiniment mélancolique, infiniment beau, à celui d’un Metal Symphonique grandiloquent et pompeux qui trouva son apogée dans les sinuosités visqueuses et détestablement sucré d’un Silent Force, où les immondes sonates tellement symphonique et si peu Metal aux guitares saturés quasiment inaudibles furent aussi insipides qu’ennuyeuses. Mais leur reprocher l’opportunisme d’une telle traitrise, c’est assurément méconnaitre les liens qui unissent le Doom/Death Gothique originel (Paradise Lost, Theatre Of Tragedy, The Gathering…) au Metal Symphonique à chants féminins dont on peut dire que les prémisses furent timidement définies avec des albums tels que ce Enter. Ce disque mélange subtilement les prolongements infinies de rythmes nonchalants, le ténébreux dessein de guitares sombres, la séraphique innocence de voix angéliques, la céleste beauté de pianos émouvant, tout en servant une obscure mélancolie. Une musique dont les dogmes sont déjà, si l’on y songe, assez précisément fixés par les plus illustres précurseurs du genre. Pourtant là où Within Temptation réussit à se libérer de ces frontières, déjà, étriquées, c’est dans cette tentative de faire de son travail l’union réussie, de certains des traits de caractères les plus distinctifs de ces glorieux prédécesseurs.

Une union réussie parfaite ? Pas tout à fait. Car dans une démarche relativement proche de celle de ses compatriotes de The Gathering, sur des titres tels que Restless, Pearls of Light, ou encore Blooded, Within Temptation entreprends d’enfanter une différence bien trop infime pour qu’elle constitue réellement le socle d’un changement notoire qui, à défaut d’être captivant, pourrait au moins être intéressant. Ces trois titres, attitude aux similitudes assez indéniables pourraient donc faire du particularisme de ce groupe une posture bien trop peu singulière pour n’être rien de plus qu’anecdotique. On peut aussi noter que l’aspect incontestablement moins cru de ces morceaux, éloigne, d’ores et déjà, Within Temptation de ces racines les plus Death. Cette conception plus enchanté et moins dramatiquement sombre, nourris d’une déclamation qu’on pourrait qualifier de « symphonique » avant l’heure, soulignant et souligné par une voix féminine moins solennel, ainsi que par la présence plus mesurés des voix Death, ainsi que la vision entrevue dans certains autres albums de certains autres groupes, laissent pressentir les prémices de ce que sera, bientôt le Metal Symphonique féminin.

Pourtant, si avec ces chansons, Within Temptation affirme bien trop maladroitement une personnalité propre, et bien trop insolemment une nature surtout empruntés a l’autre, dans un amalgame musical qui, pour ces titres là tout au moins, n’a rien de véritablement nouveau à offrir ; il sait aussi se construire dans des compositions bien moins délicates et bien plus individuel. Et c’est assurément là que réside tout l’intérêt de ce Enter, lorsque la communion de toutes les idées imprègne son propos pour en donner une vision plus personnel et plus homogène, la vision de Within Temptation.

Dans les dédales Doom/Death de morceaux tels que Enter, ou Grace, aux voix gutturales masculines, dont la présence est bien plus discrète que sur les albums marquant à l’époque, déjà, la tendance d’un genre, mais qui surtout s’exprime dans une opposition bien moins manichéenne, les éléments caractéristiques de cette union donnent toute la noblesse qu’il mérite à l’art de Within Temptation. Timbres célestes, tonalité de chants âpres, aubades de mélodies rieuses, riffs pesant et sombres, s’y mêlent en de mélancolique ritournelle où se heurtes délicatement des impressions dans un improbable ménage enjoué et triste tout à la fois. Deep Within et son riff plus accablant encore, nous plonge, un peu plus, dans les affres d’un malaise dont le trouble est plus saisissant sans la présence des chants de Sharon. Et lorsque le couvercle du cercueil vient subtilement se refermé sur notre plaisir dans les prières exquises et ténébreuses d’un Candles, dans les effluves douce amère de rose mourantes, seul les angoisses de bonheurs romantiques contrariés semblent nous tendre leurs bras décharnées. C’est beau, c’est sombre, c’est amer et romantique, en un mot c’est l’expression musical du gothisme dans de prodigieux apparats.

Avec ce Enter, à la stabilité précaire, le funambule Within Temptation, sur la corde raide, laisse pendre son pied au dessus d’un vide tantôt Doom/Death délectable sublimant l’œuvre d’un Theatre Of Tragedy, tantôt au dessus de celui d’une musique Gothique bien moins succulente parodiant les travaux d’un The Gathering n’ajoutant qu’à son discourt, une déclamation symphonique accrue, pour un résultat délicieux.



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Commentaires


L'album qui me fait dire que Within Temptation a été un très grand groupe de doom métal. Par contre, niveau pop symphonique c'est assez moyen..
sam. 17 déc. 11- 15:27  
Un album rare avec un chorus aussi beau que ténébreux. Des mélodies profondes. Je regrette l'évolution de WT vers une pop très moyenne et surtout très commerciale.... Cet album est indispensable. C'est mon préféré, ni plus ni moins.
mer. 25 déc. 13- 12:26  


Enter - Infos

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Infos de Enter
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Sortie : 6 avril 1997
Genre : Doom
Playlist :
voir paroles : Voir les paroles
1. Restless (6.08)à écouter en premierparoles de Restless
2. Enter (7.14)listenparoles de Enter
3. Pearls of Light (5.14)à écouter en premierlistenparoles de Pearls of Light
4. Deep Within (4.30)paroles de Deep Within
5. Gatekeeper (6.43)paroles de Gatekeeper
6. Grace (5.09)paroles de Grace
7. Blooded (3.37)paroles de Blooded
8. Candles (7.07)à écouter en premierlistenparoles de Candles
9. The Dance (5:00)paroles de The Dance
10. Another Day (5:45)paroles de Another Day
11. The Other Half (of Me) (4:48)paroles de The Other Half (of Me)
écouter : Ecouter l'album



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