Inutile d'y aller par des chemins détournés, autant jouer franc-jeu : Digimortal est un disque mal aimé par une partie des fans de
Fear Factory... tandis que la seconde le considère comme l'un des meilleurs, sinon LE meilleur. Chacun a ses arguments et tous les font valoir, mais qui détient réellement la vérité sur cet opus ?
Il faut dire qu'avec deux grands frères qui n'ont pas oublié les cojones au vestiaire, Digimortal fait un peu mou. Pensez ! Comment soutenir la comparaison en débutant avec un morceau aussi passe-partout que
What Will Become là où d'autres commençaient avec une injection de testostérone,
Demanufacture ou
Shock, des boucheries qui taillent dans le gras, pièces de violence jusqu'au-boutistes. Au moins,
Fear Factory annonce clairement la couleur. Le groupe opte pour une approche plus mélodique, avec un
Burton C. Bell qui module son chant et qui prouve clairement qu'il n'est pas qu'un grogneur. D'ailleurs, il ne faut pas s'attendre à de vocalises typées death metal, elles sont quasi inexistantes. En revanche, on peut se demander si le neo metal n'a pas eu une quelconque influence sur le style de Bell, qui appuie sa voix, la module pour passer d'un phrasé hurlé à un autre, plus mélodieux, tout en contraste.
Le disque passe très rapidement ; la plupart des titres n'atteignent pas les quatre minutes et ne proposent pas un panel varié de riffs.
Fear Factory donne l'impression de tourner en rond dans le meilleur des cas, s'auto-caricaturer dans le pire. Ainsi, le bon côtoie le moyen, voire le mauvais et les menus défauts ressortent de façon affolante :
Dino Cazares s'enferme dans un jeu de guitare qui perd rapidement de sa puissance et devient stérile et là où il aurait du assurer la bonne tenue de l'ensemble, s'égare pour laisser une impression d'inachevé. Là où
Demanufacture avait placé la barre très haut et où Obsolete avait essayé d'enfoncer le clou, Digimortal parait vide de sens. On ne retrouve pas cette tension, cette impression que
Fear Factory joue avec nos nerfs en esquissant un monde lugubre, froid et ce, avec une précision chirurgicale. Et c'est cette ambiance qui fait cruellement défaut au groupe sur ce disque. Le concept développé sur les deux opus précédent perd toute sa saveur, retombe comme un soufflé trop cuit.
Cependant, quand on prend certains morceaux individuellement, on tombe sur des petites pépites, comme ce
Linchpin lourd et groovy avec une légère touche indus. Burton C. Bell livre là sa meilleure prestation, entre mélodie et agressivité, avec un refrain bien amené et surtout, très efficace. On peut aussi mentionner
Back The Fuck Up, qui sur papier est synonyme d'hérésie, mais qui finalement se fond bien avec le reste. Doté d'une approche plus hip hop, il s'agit en fait d'un duo avec
B-Real de
Cypress Hill qui est également crédité pour les paroles. Un exercice de style qui sent l'action commerciale à plein nez, mais qui vaut bien plus que d'autres morceaux de cette galette, simplement insignifiants.
Digimortal n'est pas facile à aborder. La pochette est laide, on s'en cogne. Le contenu est accessible et paradoxalement, ne donne pas envie de rentrer dedans. Et ça, c'est bien plus grave. Une erreur de parcours, assurément, mais de là à vider de l'essence dessus pour y mettre le feu... Le groupe splittera dans un maelström de tension quelque temps plus tard, avec un Burton C. Bell qui jurait ses grands dieux qu'on ne le reprendrait plus à jouer avec cet enfoiré de Cazares..." Mouais mouais mouais...