2001. Le black metal est à présent une musique durablement établie et elle dépasse de loin le cadre de l'underground dans lequel, paradoxalement, il se destinait. Euronymous pouvait se retourner dans sa tombe, le genre qu'il a voulu est devenu... populaire. Les groupes qui se revendiquaient encore de l'esprit underground acceptaient de répondre aux questions des grands magazines spécialisés, c'était devenu le monde à l'envers et les fans qui se disaient true préféraient cracher sur
Dimmu Borgir et
Cradle Of Filth plutôt que de se lamenter de la présence de leurs groupes fétiches en page centrale des canards (vlan, dans la gueule des true !). Et en France,
Anorexia Nervosa allait déployer ses ailes avec brio.
New Obscurantis Order, à la pochette étrange qui évoque vaguement Entretien avec un Vampire de Neil Jordan (souvenez-vous, Claudia et la mère qu'elle s'est créée...), est un petit peu l'album surprise, celui que l'on attendait pas et qui arrive comme ça, mine de rien, pour frapper un grand coup. Musicalement,
Anorexia Nervosa, c'est un peu un mariage de raison entre le côté monolithique que l'on peut trouver chez
Dimmu Borgir, et le sens du théâtral si cher à
Cradle Of Filth. Rien n'est antinomique ici, les deux combos cités se complétant très bien. Et plutôt que d'être la cinquième roue du carrosse,
Anorexia Nervosa, souvent appelé A.N.N.O, s'offre sa touche d'originalité qui lui permet de s'imposer comme une valeur sûre de la scène hexagonale.
Déjà, au niveau des paroles, le groupe se détache de la concurrence en mêlant les langues. L'anglais, bien sûr, pour les parties les plus féroces où
Hreidmarr se déchaîne. Ses cris sont ceux d'un écorché vif et il évite de se retrouver dans la case de la comparaison avec
Dani Filth. Si ce dernier aboie par moment, Hreidmarr semble quant à lui complètement animé par une rage désespérante de furie. Mais là où l'on appréciera le plus sa voix, c'est quand il évolue en français, langue qui demande un débit plus posé. Là, le théâtral entre en jeu, la musique se calque sur le chant, se fait plus grandiloquente sans virer dans le cliché gothique à deux sous, qui serait une solution de facilité. On notera aussi des traces d'allemand et de latin qui se fondent bien dans l'ensemble sans que cela semble de trop. Bref, il y a une richesse culturelle derrière les paroles, souvent très travaillées, lugubres, malsaines et complexes.
Musicalement,
Anorexia Nervosa joue souvent sur les ambiances. Derrière sa violence, le clavier tisse les trames d'un canevas surprenant, où le symphonique se fond naturellement. Du coup, plutôt que de proposer des parties plus détendues où cela peut s'exprimer pleinement, les cordes et autres artifices viennent pleinement participer à la dynamique des morceaux. Et quand c'est le grand piano qui ouvre le bal, on assiste à
Hail Tyranny, dont l'introduction passe du lugubre au presque enjoué avant de s'achever comme tout à commencer, à faire froid dans le dos, un instrumental que certains jugeront inutile, mais qui prend toute son importance, comme s'il était un point focal, une instant de pause entre deux déferlantes.
Le groupe est entier. Terriblement entier. Il sait occuper tout l'espace sonore sans être brouillon. La dualité entre la guitare et le clavier est l'une des pièces essentielles de la musique d'A.N.N.O. ON ne fera pas le parallèle douteux entre
Stratovarius et la formation française, voire même avec
Children Of Bodom car les points de comparaison sont inexistants. Ici, c'est beaucoup plus subtil. Tout est dans la complémentarité et chacun sait tirer parti de l'autre pour s'imposer, à un moment ou un autre. Et cette complémentarité, proche de la complicité, est le ciment de la musique d'
Anorexia Nervosa qui se construit autour en une alchimie presque parfaite.
New Obscurantis Order est l'album de la maturité doublé d'un petit chef d'oeuvre du genre. Avec cet album, le groupe voit sa popularité exploser littéralement. De l'introduction de
Mother Anorexia aux dernière notes de
Solitude, rien n'est à jeter sur cet opus plein. Si il devait y avoir un must-have dans le domaine du black metal français, nul doute que ce serait celui-ci, ce New Obscurantis Order classieux et monstrueux d'efficacité.