Trois années après
Viva Emptiness, les suédois de
Katatonia reviennent en 2006 avec
The Great Cold Distance. Bien qu'évoluant dans une sphère peut-être trop mélancolique pour exploser au grand jour tel qu'ils le mériteraient, ce nouvel opus a pourtant tout en main pour leur permettre d'être reconnu à leur juste valeur.
Dans la lignée du précédent album,
The Great Cold Distance apporte cependant un plus considérable: une approche atmosphérique (encore) plus poussive, tranchant avec les guitares puissantes qui avaient déjà surpris la critique avec
Viva Emptiness.
Le visuel, une nouvelle fois réalisé par Travis Smith, a le mérite d'annoncer clairement la couleur de
The Great Cold Distance. Un mélange de rouge sang et de noir, pour un rendu sonore finalement très fidèle à cette dualité. Rouge pour les riffs aiguisés, noir pour l'approche toujours plus sombre et mélancolique, distillée une nouvelle fois par les deux têtes pensantes du combo que sont Anders Nyström et Jonas Renkse.
Un rock aérien aux sonorités bien plus mélancoliques, telle est la spécialité de
Katatonia depuis
Discouraged Ones. Et ce septième album ne dérogera pas à cette fameuse règle. A défaut d'apporter du neuf dans sa recette,
Katatonia se jette corps et âmes dans ces sonorités, pour un rendu forcément planant, sombre, mais surtout très atmosphérique. Du coup, par des ambiances plus noires que jamais, les suédois dégainent leur nouvel atout et font sensiblement mouche.
Car à l'instar des excellents "Leaders", "Follower" ou encore "Soil's Song",
Katatonia a su apporter un nouveau souffle à sa musique. Plus directe (certains diront plus "pop"), la majorité des morceaux s'inscrivent dans une démarche accrocheuse (les nombreux refrains catchy comme "My Twin", "July"...), qui agrémente considérablement la recette katatoniesque. Toutefois, le combo se plaît à manipuler l'auditeur dans les méandres de son esprit attristé et franchement pessimiste (le riff de "Rusted", "Increase" et le final "Journey Through Pressure", bourré d'amertume), avec un brio qui prouve encore que les suédois sont de sacrés compositeurs...
Autre conséquence de ce durcissement des sonorités, le mix confié à Jens Bogren et David Castillo. Comme trois années plus tôt, les guitares trouvent un mordant significatif (flagrant sur "July"), conférant à
The Great Cold Distance une aura particulière, ainsi qu'une plus grande crédibilité. La basse est également mise à l'honneur ici. Sensiblement boostée depuis le précédent enregistrement, elle apporte, par ses sonorités lancinantes, un certain relief, véritable atout dans la réussite d'une telle pièce.
Jonas Renkse sublime une nouvelle fois les compositions de ses compères, grâce à un chant tout en retenue, si aérien et vraiment beau et expressif. De son côté, la paire guitaristique excelle dans l'élaboration de morceaux mélancoliques (ce final qu'est "Journey Through Pressure"...).
Bien que
The Great Cold Distance soit peuplé d'une belle collection de hits accrocheurs, certaines compositions ont du mal à se saisir de l'auditeur ("The Itch" ou "In The White" par exemple) qui, bien que cohérentes avec le tout que représente cet album, apposent une sorte de cassure incongrue. Pas trop grave ici, puisque il ne s'agit que de deux morceaux sur douze...
Au final, ce septième album de
Katatonia est probablement l'un des plus aboutis, aux côtés de
Last Fair Deal Gone Down et
Viva Emptiness. Un véritable déluge de hits sombres, aux refrains accrocheurs et aux interludes aériennes et atmosphériques. Plus direct et moins progressif que son prédécesseur, en somme. Un Metal froid, distant de prime abord, mais révélant tous ses secrets à chaque écoute, qui scelle le talent d'un groupe à part dans le contexte suédois.
Mélancolie mêlée à l'amertume, joies interrompues et beautés des émotions,
Katatonia en est ici passé maître. A vous à présent de savoir s vous succomberez aux compositions si expressives de ce
The Great Cold Distance...