Après une démo très intéressante, ouvrant beaucoup de portes et au son aussi jouissif que planant,
Tool franchit le cap et sort un premier album. Un album qui rentre parfaitement dans le contexte de la première moitié des années 90, avec l'explosion du rock alternatif, mais un album qui pose déjà les thèmes de
Tool, sans en définir totalement le son (tâche qui serait impossible, s'il fallait le signaler).
En effet, la marque des gaillards de L.A. se fait sentir très très vite.Puissant, Undertow l'est dès le début. Avec une batterie écrasante et complexe, le ton est donné et des morceaux comme Intolerance ou Crawl Away prennent l'auditeur au tripes, le retournant sans le laisser réaliser ce qui lui arrive. Mais par contre il n'est pas toujours question de riffs à proprement parler, Adam Jones posant ici un accord, ici une note, ici une mélodie, trompant son monde.Du coup, la basse est rock'n roll à souhait (particulièrement sur Sober) et assure avec la batterie les quelques repères restant.
Car on est assez perdu, il faut le savoir. Le mystère et l'hermétisme des compositions sont indéniables, et la première fois on a de la peine à saisir tout le propos de
Tool. Alternant passage planant et charges brutales, avec changements de rythmes fréquents, Undertow trompe son monde pour mieux faire ce qu'il veut de l'auditeur, et lui faire ressentir les sentiments voulu. Et la voix de Keenan fait exactement cela, on a à peine le temps de s'interroger sur les notes qui viennent de déferler à nos oreilles que déjà le chanteur sussure, hurle, imprimant dans notre esprit ce qu'il veut, comme un hypnotiseur. Pas en reste, il joue autant sur les nuances que ses petits camarades, avec parfois une voix plus calme alors que la musique s'emballe.
Et déjà la noirceur se déploie sur ce premier opus, malgré (ou peut être à cause de?) la beauté de la musique. L'univers très particulier de
Tool commence à se mettre en place, et s'il sera à chaque fois abordé de manière différente, on gardera cette impression de mélancolie, de belle douleur, commune à leurs disques. Mais pour ce premier,
Tool n'a pas encore coupé tous les ponts avec le monde qui l'entoure, on sent bien les influences, notamment
Rage Against The Machine (influences réciproque, les deux groupes s'inspirant mutuellement). La personnalité de l'album en est du coup moins forte, mais il s'inscrit plus dans son époque. Disgustipated donne une bonne idée des expérimentations qui suivront, avec le côté transe angoissante (
" This is necessary...This is necessary...This is necessary...").
Plus accessible que les opus suivants, Undertow est très bon. Ce n'est pas le meilleur album de
Tool, moins mature et original que les suivants (mais déjà porteur d'une maturité et d'une originalité non négligeable). Mais déjà tellement mystérieux et envoûtant...