St Anger, ce sera toujours l'album de
Metallica le plus conspué, celui qui essuiera les crachats et autres vomissures journalistiques, voire celles des fans du groupe. Faut dire, le groupe, ou plutôt Lars Ulrich, le cherche bien. Fallait l'oser cet album. Avoir des cojones à faire pâlir Rocco Siffredi.
Avec des albums comme Load et Reload, les fans étaient déjà bien échaudés. Et comme le veut le dicton, chat échaudé craint l'eau froide. Et St Anger, ça a tout d'une douche écossaise servie en plein Antarctique. Déjà, le bassiste Jason Newsted se barre, énervé du fait que ses idées ne soient jamais prises en considération, créant une espèce de mini cataclysme au sein de la
Metallica Corporation. L'enregistrement du nouvel album devant commencer, c'est le producteur Bob Rock qui jouera la basse sur cet opus en attendant l'arrivée de l'excellent Rob Trujillo (ex
Suicidal Tendencies, Infectious Groove ou encore
Ozzy Osbourne) à ce poste.
Mais le problème, c'est que Lars profite que James Hetfield soit démissionnaire vis à vis de lui-même avec ses problèmes d'alcoolisme pour prendre les rênes du groupe avec l'aide de Bob Rock pour tenter de se faire des parts de marché faciles en lorgnant vers un son qui ne colle pas du tout à l'imagerie "
Metallica", surtout que cet éternel bavard d'Ulrich annonce à qui veut bien l'entendre (c'est à dire : pas mal de monde) que le combo effectue un retour aux sources.
Première victime de ce retour aux sources qui apparait très vite mensonger, c'est Kirk Hammet, littéralement privé de soli sur ce disque. Lars, ayant oublié de mettre son tampon... euh... oubliant le tampon de sa caisse claire, obtient un son de casserole pas possible, qu'il trouve cool. Donc qu'il garde (admirez le lien de causalité). Donc ça part mal, très mal. Mais ce qui sauve cet album du naufrage complet, c'est James Hetfield en définitive. Ce dernier livre des paroles sèches, sans fioritures, qu'il interprète avec conviction sur des plans plus proches du neo metal que du thrash, mais un neo de grande classe sans dj, scratches ou autres passages stéréotypés de ce style. On assiste à une accumulation de riffs rêches, massifs, ponctués par des rythmiques puissantes mais au son franchement dérangeant. On est donc surpris de détecter des mélodies au milieu de tout ça, des harmonies construites pour que Hetfield pose sa voix sans avoir à trop forcer; Et se dernier se livre aux fauves sur des compositions bien trop longues, bien trop répétitives et sans solo pour apporter une aération.
Alors effectivement, c'est très indigeste. On est vite ballonné par l'excès de riffs, on a du mal à passer l'intégralité du disque en une fois, mais bien vite, on remarque que certains titres sortent du lot. Bien sûr, il y a l'éponyme
St Anger entre subtilité et brutalité, mais on peut également citer
Some Kind Of Monster,
Invisible Kid ou encore
Shoot Me Again, qui laissent entrevoir de très belles choses.
Mais voilà, on a un produit tout moche (bravo pour la pochette, encore plus mauvaise que l'originale du Risk de
Megadeth !), qui ne fait pas envie et qui en plus sent les dessous de bras. Mais la version digipack contient un drôle de petit DVD, où le groupe interprète la totalité de l'album avec Trujillo à la basse et surtout, surtout ! avec un son de batterie normal. Et là, le disque prend réellement toute sa dimension. Il reste bavard, il manque de pertinence, mais ses qualités sont bien plus abordables que sur la version CD où Lars n'en a fait qu'à sa tête et peut s'en mordre les doigts.
En tout cas, St Anger ne mérite pas d'être mis au pilori aussi vite. Il est difficile de l'apprivoiser et il est bien plus facile de lui vomir dessus sans chercher à le comprendre. Mais bon, on est loin de la qualité d'antan et cette cuvée ne deviendra jamais un millésime.