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Chroniques :: Chronique de ...And Justice For All

Chronique de ...And Justice For All

Metallica  - ...And Justice For All (Album)

 7 
10

Y a pas de justice !



Les musiciens de Metallica n'avait pas perdu de temps pour trouver un remplaçant au regretté Cliff Burton. Jason Newsted, un ex Flotsam & Jetsam et intronisé sur le EP de reprises The Garage Days Re-Revisited paru en 1987. Les membres survivants de Metallica s'en étaient expliqués à l'époque, comme quoi c'est ce que Cliff aurait voulu, poursuivre l'aventure à la mémoire du défunt. Et James Hetfield aura récupéré les bagues du bassiste... Cependant le traumatisme est grand pour le tandem Hetfield/Ulrich qui vont devoir composer sans leur ami, tout en essayant d'aller de l'avant.

Et il s'ensuivra une session d'enregistrement éprouvante, où Flemming Rasmussen, toujours fidèle au poste, sera relégué comme simple exécutant, sans trop avoir son mot à dire. Pour les musiciens, cela ne sera pas facile non plus, le travail de la veille étant continuellement remis en cause par Hetfield et Ulrich qui recomposaient à leur arrivée en studio des disques qui étaient déjà finalisés. De quoi s'arracher les cheveux. Aussi, les compositions prennent des tournures inattendues, sont bien souvent à tiroir où peuvent ressembler à un assemblage de riffs ponctués ça et là de soli avec une section rythmique bien en place, notamment la batterie (on reparlera de la basse plus tard) qui est ici très construite. Pour certains, ... And Justice For All se pare d'une complexité progressive et même si elle n'est pas volontaire, elle est indéniable. Metallica peine réellement à trouver ses marques et y va en tâtonnant. On se croirait presque revenu à l'époque de Ride The Lightning, mais sans cette patte, ce claquement de doigt qui fait que tout se passe bien.

Cependant, ... And Justice For All n'est pas un album raté, loin de là, ou alors des disques ratés de ce type, il en faudrait plus souvent. Il est déstabilisant, certes, mais pas de quoi fouetter un chat, la patte Metallica étant reconnaissable entre mille. Tout juste pour faire un parallèle idiot, on pourrait le comparer avec le South Of Heaven de Slayer qui marquait aussi un virage artistique qui n'était pas passé complètement inaperçu. Mais il s'avère assez lassant sur la longueur.

Il faut dire que la production a pris un coup dans l'aile et s'avère très faiblarde. En plus, la basse s'est complètement retrouvée sous-mixée, au point où elle agit plus comme une troisième guitare plutôt que d'être en interaction avec la batterie. D'un point de vue sonore, cela s'entend et ce n'est pas forcément très agréable à l'oreille. Newsted en profitera tout de même pour s'illustrer d'entrée de jeu avec le direct Blackened qui sert d'ouverture. Ici, l'intro est minimaliste, le riff arrive vite, sec et ombrageux. C'est sombre, très sombre. On sent que le groupe est profondément ébranlé et en colère. Le chant d'Hetfield s'améliore, il est en pleine progression, il se fait aussi plus colérique. La justice ou l'injustice de la vie lui pèse. Ses paroles sont noires, parfois complètement parties dans un autre monde. Est-ce ce dégoûts, ce ras-le bol qui l'a poussé à régler ses différents avec ses parents sur le brutal Dyiers Eve, seule composition à se montrer aussi directe que celles qui émaillent le Master Of Puppets ? Peut-être bien...

Ensuite, il est vrai que le disque contient quelques pépites. D'avantage mid tempo qu'à l'accoutumé, le disque ne suit pas de progression logique jusqu'à son dénouement. Certes, on retrouve toujours la fameuse power ballad en quatrième position et là, il s'agit de One, titre pour lequel Metallica a tourné le dos à ses convictions pour enregistrer son premier clip. One, c'est les films sur le Vietnam de Oliver Stone, en pire. Ou en mieux, tout dépend du point de vue. Les paroles sont angoissantes, prenantes, crispantes. Hetfield oscille entre désabusement et colère, avant de se heurter à l'horreur de la situation, tandis que la musique monte crescendo, froide, presque impersonnelle et en même temps, émouvante vu le panel de sentiments par lesquels on passe. On notera également le faux instrumental To Live Is To Die, composition à tiroir par excellence avec ses reprises rythmiques, ponctuée par quelques malheureuses phrases qui se suffisent largement, inutile de faire un long discours. Ultime hommage à Cliff Burton, qui aura été l'artisan de la partition avant sa mort prématurée.

Mais bien souvent, on ne sait pas trop où Metallica veut nous mener. Les morceaux sont longs, complexés on pourrait dire, le title track peine à se trouver une ligne directrice et change fréquemment de rythme. Le groupe est prisonnier de son album, ce n'est pas lui qui le dirige. Il n'est pas étonnant qu'aujourd'hui, seuls One et Dyers Eve soient joués dans leur intégralité en concert, vu que très tôt les Mets se sont arrangés pour présenter ce disque sous forme d'un medley. De l'aveux des musiciens, ... And Justice For All est pénible, fatiguant à jouer sur scène. Une lassitude des musiciens qui en dit long sur le disque.

Même si le son est plat, même si la production et le mixage sont proches du minimaliste, on tient tout de même un album très sympathique. Pas forcément agréable. Il est noir, douloureux. Elle transpire cette douleur. Et devant ce pessimisme, l'auditeur crie soit au génie, soit il se montre plus circonspect. De la première partie de la carrière du groupe, ... And Justice For All est le plus inégal et en même temps le plus touchant des albums de Metallica. Un paradoxe étrange, mais en définitive, assez logique. Le traumatisme fut lourd et la musique fut la thérapie.

 9 
10

La Machine à Riff



And Justice For All est un album sous estimé. Les deux cultes cités de Metallica sont en général Ride et Master mais trop souvent, on fait l'impasse sur ce Justice moins digeste. Quelle erreur !

La production est sèche. Je l'admets, on entend purement et simplement pas la basse, les riff sont très secs et la batterie sonne un peu plate, on aurait aimé un peu plus de graisse la dedans, bon... Mais est ce une raison pour oublier cette machine à riff? Cette véritable industrie ou qualité et quantité sont soignées comme nul part ailleurs chez les Mets? C'est bien simple, Justice est la continuité de la maturité du groupe. Master l'était déjà pas mal, mais Justice est encore plus maitrisé, encore plus soigné, sophistiqué presque. Il est construit et travaillé. Les structures ne sont pas linéaires (comme souvent chez Metallica remarquez) et le groupe sait faire tourner des airs et des riff obsédant. Les intros sont travaillées aussi, que ce soit un petit solo pour ouvrir, un riff qu'on répète a bas volume et qui s'élève doucement, un arpège à la guitare sur le génial One qui donnera son premier clip à Metallica, ou encore un démarrage surprise sur Dyers Eve... Pas de grandes nouveautés jusque là donc.

Là ou Metallica surprend, c'est au niveau du changement relatif de style. En plus de proposer des compositions bien plus longues, le groupe joue un Thrash Metal plus noir que d'habitude, plus underground peut être. Là ou les précédents étaient soit des sauvages, soit des militaires, Justice est plutôt un rédempteur (comme son nom le fait d'ailleurs sous-entendre, dans un second niveau de lecture qui n'existe probablement que pour moi). C'est à dire une bête froide et dure, qui attaquera qui le mérite et laissera des concessions à ceux qui savent les apprécier. Car l'album n'est pas facile d'accès, il est réellement moins accessible que ses pères qui vont plus rapidement à l'essentiel. Maintenant lorsque la bête est domptée et lorsqu'on prend ses marques dans cet océan, c'est un vrai régal. On se laisse donc aller du break de Blackened au long Justice, en passant par le minimalisme de Eye Of The Beholder pour embrayer sur la beauté désespérée d'un One... je vais pas tous les faire mais vous m'avez compris.

Un autre gros morceau de ce bloc compact est l'instrumental, To Live Is To Die, composé de plusieurs riff qu'a écrit Burton avant de mourir. C'est l'un des morceaux les plus populaires avec One, et il démontre vraiment le talent et le génie de Cliff, derrière une aura de deuil... Finissons par citer un Harvester Of Sorrow très sombre, et on peut boucler la chronique.

Justice est donc un grand album, injustement mal aimé, mais pourtant beaucoup plus accompli qu'un Ride The Lightning.

Les Plus :

- Des bons riff à la pelle
- Plus Underground
- One magnifique
- Les structures encore plus travaillées

Les Moins :

- La prod laisse à désirer
- Des soli un peu plats peut être

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par Int, le 22 juillet 2008
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Commentaires


Je trouve que cet album est bien trop complexe pour le Metallica de l'époque. Ce qui fait qu'on a un album qui peut vite devenir pénible et dans le style, pauvrement prog.
7.5/10 pour moi.

mar. 22 juil. 08- 21:41  
J'ai découvert Metallica avec cet album... Qui m'a plu, mais il m'a vite gonflé! Elric a raison ,à force, même si c'est bien, on se lasse. Personnelement je préfère un petit Master of Puppets
ven. 25 sept. 09- 13:12  

...And Justice For All - Infos

Voir la discographie de Metallica
Infos de ...And Justice For All
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Sortie : 25 août 1988
Genre : Trash Metal
Label : Elektra
Playlist :
voir paroles : Voir les paroles
1. Blackened (6:40)à écouter en premierparoles de Blackened
2. ...And Justice For All (9:45)à écouter en premierparoles de ...And Justice For All
3. Eye Of The Beholder (6:29)paroles de Eye Of The Beholder
4. One (7:26)culte !culte !listenparoles de One
5. The Shortest Straw (6:35)paroles de The Shortest Straw
6. Harvester Of Sorrow (5:44)à écouter en premierparoles de Harvester Of Sorrow
7. The Frayed Ends Of Sanity (7:42)paroles de The Frayed Ends Of Sanity
8. To Live Is To Die (9:47)culte !culte !paroles de To Live Is To Die
9. Dyers Eve (5:14)paroles de Dyers Eve
écouter : Ecouter l'album



Metallica

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