Au milieu des années 1990, à peu près au même moment que la naissance du néo aux USA, un autre genre de métal s'est développé, en Europe cette fois ci (plus précisément en Suède), assez opposé au précédent. Menés par des groupes tels que
In Flames, Dark Tranquility et
Hypocrisy, le death mélodique (oui, c'est bien de lui qu'on parle) a séduit le Vieux Continent, pour ensuite conquérir l'Amérique, chacun des groupes fondateur évoluant dans son sens, pour au final ne plus avoir en commun que le bon vieux son de Göteborg. Mais on oublie assez souvent de parler de la pierre angulaire de ce genre, un disque concis, technique et puissant, j'ai nommé
Slaughter Of The Soul, ultime et dernier opus d'
At The Gates.Aujourd'hui, il est temps de réparer cette erreur, sur Metalship en tout cas.
Dans le paragraphe précédent, j'ai dit que
Slaughter Of The Soul était un disque concis, trop peut être.Autant parler du seul défaut (éventuel) de cet album, on a l'impression de ne pas en avoir assez: chaque piste fait moins de quatre minutes, pour une durée totale de l'album d'une grosse demi heure. Cela paraît peu, trop peu, l'auditeur n'en a pas assez. Cependant force est de reconnaître que le groupe va droit au but, sans détour. Ici, pas de retripatouillage, d'inutile, de superflu: l'essentiel, la substance, tel semble être le leitmotiv, tout au long de cet album. Finalement, le manque de musique qu'on semblait avoir se révèle être la volonté du groupe de tenir un propos efficace. Si jamais comme moi vous voudriez en avoir un peu plus à vous mettre sous la dent, tournez vous vers les rééditions, qui comprennent un inédit et des reprises.
Ceci dit, voyons maintenant pourquoi il FAUT écouter cet album. D'abord, pour la violence directe de la musique, servie par un growl agressif qui peut avoir l'air dérangeant, mais en réalité est un outil de plus pour enfoncer le clou.Quant aux riffs, ils sont splendides, sur chacune des chansons, oui, sur toutes ! La seule distinction ici, quitte à paraître dithyrambique, doit être faite entre le bon et le très bon (Blinded By Fear, Cold, et Suicide Nation, s'il ne devait en rester que trois). La cohésion est très bien assurée entre basse ronflante, une batterie carrée et brutale, et les guitares tantôt incisives et tantôt mélodiques. Les deux instrumentaux, sublimes eux aussi, apportent de la nuance (et montre bien d'où
In Flames tire ses influences pour les ballades), enrichissant un album déjà bien fourni.
Les paroles, pessimistes, traitent du suicide, les dérives du monde actuel, loin des bébés qu'on écorche et des anges qu'on brûle, clichés habituels du métal. Je l'ai déjà dit, la voix de Lindberg peut dérouter certains, mais rentre parfaitement dans le contexte, servant au mieux la musique. N'hésitant pas à parler, il renforce une ambiance, parfois avec d'autres bruitages aussi (le revolver de Suicide Nation, les souffles de Need), comme si les paroles étaient une histoire que les autres instruments se chargent d'illustrer, de manière flamboyante.
En conclusion, le mélange parfaitement dosé de ce
Slaughter Of The Soul le rend indispensable. Aboutissement du travail du groupe, c'est l'acte de naissance d'un genre. La scène death mélo suédoise,
In Flames et
Arch Enemy en tête, s'en inspirera avec plus ou moins de bonheur.