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Chroniques :: Chronique de Master Of Puppets

Chronique de Master Of Puppets

Metallica  - Master Of Puppets (Album)

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Ceci est mon testament...



Le problème des albums cultes, c'est qu'il est interdit de les critiquer. On ne peut pas dire oui mais bon sans déclencher la colère des fans en comparaison de laquelle celle des dieux est un pet de travers. Les cimetières sont pleins de ces chroniqueurs, héros imprudents qui ont oublié que les superslips ne vivent que dans les comics et que l'immortalité ne peut pas grand chose contre un coup de surin bien placé. Mais sans peur et sans reproche, certains assez fous persévèrent dans cette volonté née de pensées incestueuses de désacraliser ce qui pour beaucoup l'est. Le jeu ne consiste pas à dire "non mais débouchez-vous les oreilles et écoutez" avec un sourire narquois, à moins d'être suicidaire dans l'âme, mais justement, d'aborder ce "oui mais" et essayer d'être constructif derrière. Ouvrir le dialogue peut aussi être peine perdue et tout peut se transformer en une espèce de OK Corral fatal pour le scribouillard qui se fera lyncher haut et court et peut-être fusillé en même temps par acquis de conscience. Ou pour le fun. Ce qui n'est pas drôle pour la victime.

Bref...

Deux ans après un Ride The Lightning qui montrait un groupe plus mâture, plus maître de lui-même et capable de se sublimer en se réinventant complètement, Metallica nous revient avec ce Master Of Puppets à la pochette plus qu'éloquente. A présent, la crise d'ado est passée. Le meurtre, ce n'est plus leur affaire (Kill'Em All et l'ombre du marteau). Déjà Ride The Lightning évoquait la peine de mort. Là, le groupe nous renvoie aussi bien à la jaquette de Taken By Force des Scorpions (l'originale, bien sûre) qu'à la fin de la comédie musicale Hair. Comparaison quelque peu tendancieuse, mais non dénuée de sens pour ceux qui l'ont vu. Les marionnettes ne sont pas les tombes, ce sont leurs occupants. Ces soldats partis affronter l'Asia Communista (un bon point au premier qui me cite la référence) pour rien, pour une nouvelle défaite, pour revenir dans des caisses en bois pour les plus chanceux, fous pour les autres.

Metallica développe encore sa volonté de s'affirmer comme anti-militariste (encore une raison d'avoir viré Mustaine ?), comme ils l'avaient déjà laissé entendre auparavant. Le discours se fait un peu plus politique sans prendre réellement parti, pas ouvertement. On se retrouve un peu dans le concept de la Guerre Eternelle de Joe Haldeman où l'auteur racontait l'absurdité de la guerre et des politiciens en toute connaissance de cause vu que pour lui le Vietnam s'est achevé quand il a marché sur une mine et qu'il en a réchappé, miraculeusement, qu'avec environ deux cent blessures... En même temps, le groupe décide de durcir le ton musicalement. 1986 sera une grande années pour le metal, entre le Slippery When Wet de Bon Jovi et le Final Countdown de Europe pour le soft, Somewhere In Time de Iron Maiden et dans une moindre mesure Turbo de Judas Priest pour le heavy, les groupes de thrash décrocheront le Graal en proposant leurs albums les plus brutaux comme en atteste le Reign In Blood de Slayer, le Peace Sells... But Who's Buying ? de Megadeth, le Pleasure To Kill de Kreator ou ce Master Of Puppets... Plus compact, plus ramassé que Ride The Lightning, il dégage une certaine homogénéité qui sera en définitive son point faible principal, avant de pointer tel ou tel morceau plus faible.

Master Of Puppets, c'est une espèce de mur du son muni de meurtrières pour laisser souffler les mélodies, chose qui est importante pour le groupe, surtout pour Clif Burton qui fait encore preuve de talent d'écriture même s'il s'impose moins ici. L'album commence sur une mélodie à la guitare acoustique justement. Simple, mais annonciatrice du déluge qui va s'ensuivre. Battery en une claque. Un coup de fouet sur les joyeuses (Lilith Wolf saute déjà de joie...). Les premiers morceaux s'enchaînent, puissants, solides, monolithiques, saccadés. Les durées s'intensifient, tout sonne bien plus carré. On peut même dire que c'est mieux construit. Le groupe s'arrange également pour laisser respirer l'album. A l'époque de sa sortie en vinyle, chaque face avait sa bouffée d'oxygène, toute proportion gardée. Sur la première face, c'était Welcome Home (Sanatarium), qui reprenait le concept de Vol au dessus d'un Nid de Coucous et qui renvoie au style de composition de Fade To Black, à savoir la power ballad, encore très réussie ici, avec une montée en puissance qui caractérise très bien les crises de folies des patients des asiles... Sur la seconde partie, c'est l'instrumental Orion qui attire une bonne partie de l'intention. Spatiale, éthérée, avec un jeu de basse hallucinant, elle se développe entre une ambiance atmosphérique et des culbutes thrash, à la rythmique appuyée. Le genre d'instrumental qui ne vire pas à la démonstration stérile et qui se laisse écouter avec délice, tout en sachant qu'elle prend forcément plus d'ampleur en live.

La particularité de ces deux morceaux ne tient pas en leur format, mais dans le fait qu'ils sont chacun précédés d'une composition plus moyenne que les autres. The Thing That Should Not Be et Leper Messiah, d'inspiration Lovecraftienne, ne sont pas du niveau des six autres. Comme si elles s'imbriquaient moins dans cette architecture, presque déplacées de part leur thématique et par leur écriture, plus faiblarde et moins impressionnante. Là où chaque morceau fini par dégager une forte intensité à un moment où un autre (le break de Disposable Heroes, impressionnant de violence pour du Metallica ou l'enchaînement entre l'intro à la basse et le riff de guitare du violent Damage INC) ces deux titres restent relativement stagnant, comme l'eau d'un marais.

Et surtout, Master Of Puppets possède un point de comparaison terrible : son grand frère, Ride The Lightning. Ce dernier était hétérogène et faisait la montagne russe avec l'intensité, mais il développait beaucoup plus de choses, représentait une véritable prise de risque. Sans avoir de réel aspect novateur, il impressionnait grandement. Il ne semblait pas calibré comme peut l'être Master Of Puppets. Celui-ci développe moins de texture, il reste enfermé dans un mode de composition qui joue sur le côté syncopé, propre au thrash et de ce fait, il dégage bien plus de puissance et ce au détriment de la recherche mélodique et de la recherche du riff. Burton s'est un peu moins impliqué dans l'écriture. On le retrouve sur le title track, Orion et Damage INC où son instrument est mis en avant et où l'homme sait nous éblouir par sa dextérité. Cependant, même là on peut reprocher au groupe de ne pas avoir cherché à développer plus et de rester sur du basique, en construisant ses morceaux comme des légos, avec parties interchangeables. Du coup, peut-on parler de génie ? Peut-on saluer cet album pour la hardiesse de son écriture ? Non, pas franchement. Après Ride The Lightning, on pouvait espérer plus complexe dans le style.

Le décès de Cliff Burton ouvre également une interrogation : Master Of Puppets aurait-il obtenu son statut grâce à (ou plutôt, à cause de) la mort de ce musicien talentueux, dans des circonstances tragiques alors que le reste du groupe avait survécu à l'accident ? Question épineuse... Comment savoir si cela n'a pas joué dans l'inconscient collectif de la fratrie metalleuse à travers le monde et qui se poursuivra jusqu'à ce que ... And Justice For All devienne le premier disque de platine du groupe aux USA à sa sortie ? Question affreuse, horrible, indélicate, et dont on ne connaîtra peut-être jamais la réponse et qui marque ce disque du sceau du maudit...

Master Of Puppets... Meilleur albums pour un bon nombre de fans... On ne peut nier qu'il soit très très bon, voire excellent. Mais en grattant un peu on y trouve quelques défauts, comme sur tous les albums du groupe. Nul n'est parfait. Que ce disque soit devenu culte n'est pas un mal en soi, au même titre que The Number Of The Beast d'ailleurs. Ni l'un ni l'autre ne sont parfait et offrent deux titres comme des carences d'inspiration. Bref, un must have qui n'est pas que qualité optimal, mais qui tient bien mieux la route qu'un coureur cycliste non dopé. Voilà... Oh ! Evitez juste de massacrer le chroniqueur avant qu'il ne fasse sa review de ... And Justice For All, ça va encore swinguer dans les chaumières...

Master Of Thrash



Après le Reign In Thrash de Slayer, voici le Master Of Thrash de Metallica ! Démarrons la chronique aussi directement que démare "Disposable Heroes" : Master Of Puppets est le meilleur album de Metallica. Et ça veut dire beaucoup de choses.

Jamais Metallica n'avais réussi à concentrer sa puissance dans un périmètre d'impact aussi précis et avec une artillerie aussi lourde (habituez vous au langage militaire, son champ lexical va être assez énorme ici). Enfin, la voila : la maturité. Oui, la maturité, c'est Master Of Puppets, pas le Black Album, mettre de l'eau dans son vin c'est pas être mature, faire un album puissant, violent, homogène, et surtout maitrisé, ça oui, c'est mature. Et c'est Metal au moins. Nous sommes en pleine période de louange envers le Thrash Metal et on comprends pourquoi quand on a des arguments aussi solides : que ce soit les intros très travaillées (même quand ça part brutalement c'est travaillé et maitrisé), que ce soit les riff de Sir Hetfield, ma foi au sommet de son art, terriblement enivrant, que ce soit les rythmiques de Ulrich, ou les parties de basses du légendaire Burton (ouais, certains soli de Hammett sont pas mal foutus aussi, notamment celui de The Things That Should Not Be qui est mon solo préféré de Metallica, vous vous en foutez mais je vous le dit quand même), tout est imparable : mitraillant, explosant, brulant, décimant, lance-grenadant, Master Of Puppets est tel un gros Tank que personne ne peut arrêter : blindé et explosif.

Et pourtant, le chef d'oeuvre des quatre Américains n'est pas dénué d'une certaine subtilité, planqué derrière cet amas de solidité Metallique. Il suffit d'écouter l'intro de Battery à la guitare sèche, sobre et classe, le Power Ballade Welcome Home ou l'instrumental Orion pour s'en rendre compte : Metallica est aussi beau et propre. Son blindage est un blindage ciré et poli. Pas ensanglanté, mieux vaut aller voir du coté de Slayer pour le sang ou de Megadeth pour la saleté.

Ce qui est impressionnant chez ce skeud de Metallica, c'est qu'en général dans le Metal, c'est soit un groupe très brutal qui tire au roquette mais approximativement (genre les premiers Mayhem), soit un autre groupe au contraire très précis qui tire une petite pointe la ou ça fait mal, mais pas avec un grand impact (genre Slayer (groupe nettement aussi impressionnant que Metallica dans le genre ceci dit)) : avec Master, on a un mixe des deux, en gros c'est l'artillerie lourde qui touche la ou ça fait mal avec beaucoup puissance. Rien ne part dans tous les sens, tout va dans une direction précise, et tout est pourtant terriblement enivrant. Balèze.

De plus, les mélodies ne sont pas totalement absentes même si mises au second plan, et elles servent pour intensifier la musique (Damage Inc, ou l'un des morceaux les plus brutaux jamais enregistrés)... De plus, comme vous avez du vous en rendre compte avec certaines allusions, l'album est varié. Brulot Thrash style Battery et Damage Inc, morceau plus "tendance prog" genre Master, Disposable Heroes ou Orion, tuerie rythmique simple et efficaces comme les sous estimés The Thing That Should Not Be et Leper Messiah, ou Power Ballade à la Welcome Home (peut être la plus belle de leur carrière d'ailleurs (bien plus que And Nothing Elze Mateeeeuuuuurs !)), on a le droit à une sorte de Very Best Of Metallica, mais dont les morceaux ne figurent que sur cet album.

Et pour finir, vous l'aurez compris, l'album est violent. Vraiment violent. C'est bien beau de faire du Metal d'apparence Extrême sans âme agressive avec des riff gentils, mais une musique avec un fond agressif c'est mieux. Metallica l'est, agressif. Il est méchant et il veut vous bouffer. Damage Inc est une perle d'intensité très peu égalée dans le Metal. Parce que si la forme du Metal Extrême peut paraitre plus violente, le fond ne l'est pas forcément. D'ou les sensations souvent bien plus extrêmes à l'oreille chez un Damage Inc donc que chez un Tel-groupe-de-Grindcore ou un Tel-groupe-de-Brutal-Black-Metal-Abruti. (cela dit c'est un grand fan de Metal Extrême qui vous parle, je descend pas le genre, juste les groupes qui se reposent sur la forme pour faire du violent).

Master Of Puppets est un chef d'oeuvre. Un concentré de tueries headbangantes à la gloire du Metal. Les détracteurs vous diront que l'album est hétérogène. Qu'ils retournent écouter Ride The Lightning, l'album ou 4 morceaux sur 8 méritent leurs réputations, pendant que les Hommes (et les Femmes les plus Thrasheuse, celles avec des poils qui regardent du foot et boivent des bières) headbangeront et frissonneront sur Master Of Puppets, l'album sans-faute. Oui, The Thing That Should Not Be tue, le riff est lourd et bétonné et le rythme est énorme. Oui, Leper Messiah tue, c'est presque sautillant mais ça reste dans l'esprit. Oui, l'album tue dans son ensemble. Notons un Hammett comme je le disais qui fait de très bon soli, mais avec des passages parfois plats. Mais malgré les passages plus dispensables (Heroes... Mouhahaha, un jeu de mot), imaginez seulement, quand vous êtes en pleine guerre au milieu d'une rafale de balles et d'obus et que vous vous faites mitrailler de partout, vous prêtez beaucoup d'importance aux quelques balles à blanc par ci par la? Moi non. Je reste ébahi devant la puissance militaire que je subis.

Vous aussi, soyez ébahi par Master Of Puppets. Ça devrait pas être bien compliqué, suffit de le mettre dans un lecteur CD, d'appuyer sur "play", et de ne pas se boucher les oreilles. Bonne écoute ! (enfin je me fais pas trop de soucis là dessus...)

Les Plus :

- Thraaaaash !
- Carré et puissant
- Metallica réussi à condenser sa puissance
- Enivrant
- Très militaire

Les Moins :

- Certains passages un peu plats dans les soli de Hammett.

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par Int, le 4 juin 2008
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Commentaires


Pas tout à fait d'accord avec Int : cet album contient deux titres très dispensables, Lepper Messiah et The Thing That Should Not Be qui font retomber le soufflé après deux décharges thrash. Bon, du coup, ils mettent Welcome Home et Orion en valeur, mais font de ce Master Of Puppets un album surrestimé.
jeu. 5 juin 08- 14:33  
Très jolie chronique, juste malgré le blasphème (^^)!! Cet album n'est pas mon préféré du groupe, même s'il reste sur le podium à mon avis. Ton analyse me semble assez juste, du coup, et amenée avec tact! Merci, encore une fois!
mar. 18 janv. 11- 15:08  
Si tu descends And Justice for all...je te tue!
mar. 18 janv. 11- 22:50  

Master Of Puppets - Infos

Voir la discographie de Metallica
Infos de Master Of Puppets
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Sortie : 21 février 1986
Genre : Trash Metal
Label : Elektra
Playlist :
voir paroles : Voir les paroles
1. Battery (5:12)à écouter en premierparoles de Battery
2. Master Of Puppets (8:35)culte !culte !listenparoles de Master Of Puppets
3. The Thing That Should Not Be (6:36)paroles de The Thing That Should Not Be
4. Welcome Home (Sanitarium) (6:27)culte !culte !listenparoles de Welcome Home (Sanitarium)
5. Disposable Heroes (8:16)paroles de Disposable Heroes
6. Leper Messiah (5:40)paroles de Leper Messiah
7. Orion (8:27)à écouter en premierparoles de Orion
8. Damage Inc. (5:32)paroles de Damage Inc.
écouter : Ecouter l'album



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