Enter avait permis à
Within Temptation d'entrer dans la cours des grands sans trop en faire, de façon très discrète même : le couronnement a eu lieu grâce à la scène où les Bataves se montrent infatigables, véritables bourreaux de travail.
The Dance n'avait pas pu calmer l'attente que suscitait un second album, l'EP étant trop léger pour calmer les montées de fièvre du public. Aussi, quand cette pochette orange (ça tombe bien, c'est une couleur associée à la Hollande) apparait dans les bacs, c'est le début d'un succès commercial important, bien aidé il est vrai par des réactions très enthousiastes de la presse spécialisée qui voyait en Within Temptation le concurrent parfait de
Nightwish. Enfin, le discours n'est pas tout à fait le même chez ces deux groupes.
Mother Earth, avec sa pochette orange qui est au kitsch ce que Monnet était à l'impressionnisme (je parle évidemment de la jaquette originale, avec une
Sharon Den Adel affublée d'une perruque blonde qui lui va comme la bonne humeur à Jean Pierre Bacri). C'est dire si le résultat était moche. Mais une pochette ne fait pas le disque. Mother Earth, c'est pas un Enter puissance dix, c'est très différent de Enter justement. Là où le premier album se teintait d'un doom délicat à la
Anathema, avec des voix death pas toujours très heureuses, cet opus se veut plus porté sur l'aspect symphonique, plus léger tout en proposant des mélodies plus enlevées et Sharon chante également d'une façon plus aiguë. Mais il est indéniable de constater que le groupe se montre toujours aussi séduisant, même quand il porte un ensemble plus gothique (Dark Wings, Caged...). Le groupe sait également s'entourer d'atours plus épiques, comme le magnifique titre éponyme ou le plus heavy Ice Queen, deux hymnes définitifs pour les Hollandais. Miraculeusement, le groupe a décidé de se séparer des voix gutturales car le style abordé n'en a plus besoin (à moins qu'il y ait eu un sursaut de compréhension quant à l'absence de talent de
Robert Westerholt dans ce domaine pas tellement évident).
Mais revers de la médaille, il y a un esprit fleur bleue qui flotte sur cet album. Un titre comme In Perfect Harmony fera grincer les dents aux moins romantiques d'entre vous, Never-Ending Story a le même côté neuneu que le film malgré une très belle prestation vocale. Le chant souvent trop aigu de Sharon casse parfois la magie tandis que sur le premier album il était une invitation au rêve. Là où le groupe gagne en efficacité, il le perd sur des détails qui peuvent paraître stupides, mais qui sur la durée peuvent devenir franchement agaçant : des gimmicks pas toujours flatteurs pour la chanteuse, une vision trop étonnement positive après la noirceur des premiers pas de Within Temptation...
Malgré ces quelques petits défauts, Mother Earth est un disque très recommandable, différent du premier album. Le témoin d'une évolution spectaculaire, ou alors une prise de conscience que le groupe ne survivrait pas à un nouveau disque proche d'Enter dans sa stylistique. Le succès est amplement mérité, ne serait-ce que pour la persévérance du groupe qui se lança rapidement dans une tournée marathon peut après la sortie de cet opus. Un peu kitsch, là est le principal défaut...