L'effet papillon, vous connaissez ? C'est quand un papillon bat des ailes en Chine, de notre côté, on a droit à une tempête. En résumé, c'est ça. Derrière cette phrase, se cache un courant de pensée qui date du début des années 70. Et si on pousse cette métaphore sur le cas
Moonspell, on peut se dire qu'une mauvaise décision prise lors du processus d'écriture a plongé le groupe lusitanien dans une certaine dépression artistique.
Ce mauvais choix, c'est le fait de vouloir changer une fois de plus un son en perpétuelle mutation, pour explorer des contrées que l'on imagine aisément habitées par les Teutons de
Rammstein. Pour ce faire, ils choisissent
Andy Reilly à la production en lieu et place de l'excellent
Waldemar Sorychta et vont enregistrer en Angleterre un disque étrange. La première constatation est d'ailleurs agréable : les guitares reviennent au premier plan et sonnent de façon agressive. Le chant également revient vers des standards plus radicaux, comme si la courte parenthèse
Daemonarch en 1998 avait ravivé la flamme d'un metal obscur, sombre et maléfique, renouant avec certains gimmicks black des débuts.
Une première impression plutôt bonne, même si l'on peut s'étonner de ce retour à des horizons plus métalliques après un distingué
Sin Pecado qui se posait comme une pierre angulaire du gothique. Ici, on a même droit à des déluges de fureur à l'état pur, comme sur le violent
Lustmord sur lequel
Moonspell atteint des sommets, peut-être bien l'un de leur titres les plus brutaux. Mais à mesure que le disque défile, le manque d'homogénéité commence durement à se faire ressentir. Les Portugais ont du mal à décider la voie à suivre et se fourvoient à plusieurs reprises. Les sonorités electro se font de plus en plus présentes, mais elles n'apportent une plus-value à la musique de
Moonspell qu'en de trop rares occasions. On pense dans ce cas à
I Am The Eternal Spectator avec son côté martial proche - trop proche - de
Rammstein et sa mélodie très dansante. L'impact qu'ont eu les Allemands sur la scène metal se fait alors clairement ressentir et surtout, que cette influence nuit à l'intégrité d'un combo comme
Moonspell qui est ainsi transfiguré et pas forcément dans le bon sens du terme.
Bien sûr, la mutation n'est pas complète.On retrouve une certaine proximité avec le Sin Pecado sur cette galette, par exemple avec
Can't Bee ou
Tired, mais ces compositions sont étouffées au milieu des expérimentations parfois malheureuses des Lusitaniens et ne parviennent pas à tirer leur épingle du jeu tant elles paraissent comme des chutes de l'album précédent.
Sans être catastrophique,
The Butterfly Effect est un disque décousu. Le côté electro, déjà amorcé sur Sin Pecado, prend une tournure par trop envahissante même si l'ensemble sonne heavy. Une nouvelle mutation dans la carrière de
Moonspell, auquel on ne peut pas reprocher de ne pas expérimenter. Cependant, cette fois-ci le résultat est moins glorieux, une semi déception donc, à une époque où la réussite de
Rammstein aurait inspiré n'importe qui.
Moonspell n'est pas le seul groupe à s'y être risqué, mais il est peut-être l'un de ceux qui y a laissé le plus de plume si l'on en croit la traversée du désert qu'il connut par la suite.