Il peut paraitre étrange qu'un groupe en pleine déconfiture, qui a laissé des fans dépités se nourrir d'un
Come Taste The Band mal accueilli malgré de grandes qualités, publie un live avec un line-up qui n'avait plus cours, le guitariste
Ritchie Blackmore ayant claqué la porte l'année précédente pour fonder
Rainbow et débuter brillamment une nouvelle carrière. C'est pourtant ce que fait
Deep Purple, avec un enregistrement en public dont le nom rappelle forcément le mythique
Made In Japan. Le problème étant que
Tommy Bolin demeurait ingérable avec ses problèmes de drogue, le groupe britannique ne pouvait proposer un live avec ce dernier à la guitare pour le moment, tant les conditions de concert étaient éprouvantes pour chacun.
Alors on a droit à un retour express d'un
Deep Purple version Mark III le temps de cinq morceaux enregistrés sur trois dates, en Autriche, Allemagne ainsi qu'à l'Olympia, avec un découpage parfois malheureux comme en témoignent certains blancs entre les morceaux. Premier point faible.
Autre point faible, le son n'est pas génial. Si l'on profite du jeu des musiciens, l'ambiance a été sacrifiée : le public semble très en retrait et on n'a pas l'impression qu'il y ait une réelle osmose entre le groupe et ses fans, a contrario du
Made In Japan justement. Une nouvelle raison d'être un peu déçu donc.
La set list en elle-même est très acrobatique : pas de titres issus du Mark II, des morceaux que certains dénigreraient simplement du fait de leur appartenance au mal-aimé
Stormbringer, les grands classiques du groupe étant tout bonnement absents. Si l'on peut regretter de ne pas pouvoir découvrir un
Speed King, un
Highway Star ou encore un
Smoke On The Water chanté par
David Coverdale, on prend un pied intégral sur des compositions variées, parfois rapides (
Burn, épiques et bluesy à la fois (
Mistreated, belle à donner des frissons). Les cris de
Glenn Hughes paraissent plus supportables, mais si les interventions de ce dernier passent plutôt bien en studio, sur scène, le bassiste chanteur est dans la démesure et parvient à énerver.
Et que serait un live de
Deep Purple sans ses improvisations ? Inutile de trop s'y attarder ici, seule
You Fool No One apportera une quelconque satisfaction aux amateurs de l'exercice. Car le groupe ne s'entend pas et paradoxalement, l'auditeur l'entend très bien, lui. Cela n'empêche pas d'avoir droit à cinq titres bien ficelés, qui se laissent écouter malgré les quelques défauts cités. Le matériel de base reste très bon. Mais ce disque se laissera toujours bouffer par son glorieux ainé de la discographie live de
Deep Purple et le bilan a été terrible pour bon nombre de fans de cette époque : le groupe splittait et c'était tout un pilier du rock qui s'effondrait.