Passé deux albums qui naviguaient sur des eaux psychédéliques à fort relent prog',
Scorpions était encore et toujours un groupe sans grand avenir sur la scène metal européenne, l'Allemagne n'étant pas considéré comme le nouvel eldorado du genre face aux forces de frappe anglaises et américaines. Et pourtant, le combo teuton va pourtant y croire et s'accrocher, grâce notamment au guitariste
Uli Jon Roth, grand admirateur de
Jimi Hendrix devant l'éternel, qui sublimera le son de
Scorpions sur cet opus en prenant la main sur de nombreux morceaux, et pas des moindres.
Déjà, il est de bon ton que la pochette, audacieuse, machiste au possible, inaugure une longue série de jaquettes pseudo-érotiques (pas toujours du meilleur goût) qui sera pendant longtemps la marque de fabrique de
Scorpions. Le ton est donné : la guitare est reine et elle va vous filer un orgasme gros commak. Et effectivement, la pochette est en parfaite adéquation avec la musique délivrée par les Scorps', sublimée par la production aux petits oignons de
Dieter Dierks qui va rapidement devenir l'équivalent de
Martin Birch, version germanique. L'ensemble, mélodique à souhait, est d'un très haut niveau. Et varié. On trouve des morceaux directs, foncièrement hard rock, des ballades sublimes (la chanson titre est dans la droite lignée des ballades langoureuses et réussies que le groupe saura distiller sur presque chaque album), ainsi que cette ligne de conduite très psychédélique qui rappelle par moment les premiers efforts. Le tout se drape d'une force lyrique impressionnante pour l'époque, très moderne et tournant quelque peu le dos aux modèles anglo-saxon (
Scorpions n'a jamais caché son amour pour la musique de
Queen).
Ainsi, In Trance est un album assez novateur dans le genre, musicalement toujours juste, avec un chanteur qui étale son talent, quelque soit le registre abordé. Aussi à l'aise sur les morceaux agressifs que sur les ballades,
Klaus Meine arrive enfin à se mettre en confiance derrière le micro et sa prestation n'en est que meilleure. Uli Roth prend sa place sur deux morceaux, avec un peu moins de maestria mais pour un résultat satisfaisant même si on peut lui reprocher une certaine rudesse dans la voix qui tranche avec la mélodie. Mais le gros, très gros bémol de cet album réside dans les paroles, qui atteignent quasiment le niveau zéro du genre (mais faut pas désespérer :
Scorpions fera bien pire quelques années plus tard sur le très distingué
He's A Woman - She's A Man) et n'apportent strictement rien à l'ensemble.
Du coup, les projecteurs se braquent sur l'Allemagne car en Europe et encore plus au Japon, l'accueil réservé à In Trance fut bon, voire excellent (le Japon aura eu son importance en ces débuts en montrant un enthousiasme rare pour le genre). D'autres groupes pouvaient arriver à maturité et s'imposer à leur tour, comme
Accept. En revanche,
Scorpions reçoit enfin les lauriers qu'il briguait et franchit un palier très important dans sa carrière avec ce disque, véritable tournant artistique et qualitatif. A se procurer dans sa version Axe Killer couplé au non moins bon
Virgin Killer et son lot de bonus sympathiques.