Après un premier album empli de vertus prometteuses, mais aussi, de nombreuses imperfections, liées, notamment, à un manque de jugement évident, et a des choix pas toujours dictés par un discernement sans faille, Europe revient avec ce Wings Of Tommorrow, un album qui de prime abord se situe dans la droite lignée du premier opus sortis deux ans plus tôt. Toujours, a priori, d’aspect très Hard-Rock voir Heavy, avec peu de clavier, il faut donc regarder de plus prêt, et notamment cette pochette plus travaillée, moins anodine, moins baroque et romantique et plus héroïque et guerrière, pour y déceler les marques concrets d’une vraie évolution.
En effet dès les premier riffs se font ressentir les prémices d’un changement réel. Soutenu par une production au son un peu plus clair, moins feutré, moins typiquement seventies, offrant à cet album une facette bien plus contemporaine, elle donne aux instruments un regain de précision appréciable, qui nous permet de ressentir des sensations bien plus manifeste. Là où autrefois il nous fallait parfois être attentif pour entendre des notes ouatées, aujourd'hui elles s’écoutent, tout simplement. Ainsi comprendre précisément les talents d’un Tony Reno derrière ses fûts et gouter pleinement a ses partitions de doubles grosses-caisses; et saisir la moindre nuance des parties toujours aussi remarquables d’un John Norum s’avèrent des plus simples et surtout des plus délectables. De telle sorte que des titres comme Scream Of Anger, Dance The Night Away, et Lyin’ Eyes, sont véloces et enlevés, et traduisent tout à fait la volonté du groupe de composer à la fois de manière très Heavy, et très mélodique aussi. Ce souci d’alliance, magnifiant le mélange délicieux, s’impose au fil des morceaux comme la véritable identité distincte de Europe. L’autre changement assez frappant, que l’amélioration de la production mets excellemment en exergue, ce sont ces progrès incroyables effectués par un Joey Tempest, dont le chant est désormais plus clair, moins grave et donc plus harmonieux et qui augure, déjà, un peu, de ce que seras l’avenir du groupe. Il rugit, il chante, et il devient désormais le leader et le visage le plus dominant et charismatique du groupe. Passez ces améliorations significatives, la modification la plus remarquable se situe au niveau de la musique qui, même si elle n’a pas fondamentalement changé, s’est indubitablement durci, et que le Hard-Rock énergique des débuts lorgne désormais de plus en plus sur un Heavy dont Europe aime à emprunter les éléments les plus caractéristiques. Cette radicalisation ayant pour effet de souligner admirablement la maturité acquise par la bande à Joey. Partant de ce constat il n’est pas étonnant donc d’entendre un remarquable Threated Bad Again, et son Riff lourd, et son tempo pesant, et ses refrains agressifs dont seul le break vient proposer une respiration mélodique avant de repartir, dans une construction brillante, vers le solo de guitare. Pas plus que d’entendre des titres étonnamment rapide et furieux tels que les déjà cités Scream Of Anger, Dance The Night Away, Lyin’ Eyes.
Dernier vestige des habitudes prise lors du premier opus on retrouve un instrumental, Aphasia, à l’air joliment envoutant.
Il y a assurément chez ce jeune groupe du talent, et cette détermination à s’inspirer et à se nourrir de ses influences venant du passé alliés à une réelle intention visionnaire de modernité dans un mariage habile de Hard-Rock aux effluves Heavy et aux soucis des harmonies accrue, est le signe de qualités prodigieuses. Ainsi les morceaux au tempos moins rapides et, où le souci de la mélodie est plus prononcé tels que The Wings Of Tommorrow et Wasted Time(si l’on excepte sa fin à la double grosse-caisse) témoignent assez bien de ce que sera à l’avenir, la musique du groupe. Il y a donc dans ce Wings Of Tommorrow les origines de la naissance du Europe d’après
The Final Countdown, on y trouve donc deux balades, un genre quasiment indissociable de l’image du groupe, Open Your Eyes, qui sera reprise plus tard sur
Out of this World, et le très réussie Dreamer.
Ce Wings Of Tommorrow est donc incontestablement la version formidablement réussi du brouillon plutôt brillant qu’était le premier album éponyme du groupe. On y retrouve les éléments les plus savoureux de cette première œuvre agrémentés de progrès éclatants. C’est assurément un album de transition et, tout en gardant une part très encrés dans le passé, on y perçoit déjà les fondements d’une direction musical plus moderne aux chansons plus travaillés et donc forcement moins Rock ; le tout étant de trouver l’équilibre acceptable entre toutes ces envies. Ce que Europe ne parviendra pas à réussir, dans un premier temps en tous les cas…