Une pochette étrange, comme si Dali venait de décliner son art à la photo et que les montres avaient laissé place à des portes et une femme qui fondaient de la même manière (et non, c'est pas du photoshop et oui, vu la date de sortie, je suis certain de moi à 101%). Jaquette étrange, donc, et pas forcément des plus engageantes, surtout quand on découvre le verso (et non, la dame n'a pas une étrange maladie des os).
Pourtant, ce
Bent Out of Shape ne manque pas d'allure. Après un
Straight Between The Eyes trop homogène et plutôt monotone,
Rainbow revient à un style plus varié, volontiers FM, capable de quelques passages plus heavy et absolument jouissifs. Le groupe, à cette époque, prend des allures de dinosaure, engoncé dans une routine pépère, au rythme d'un album par an à peu de choses près. Le jeu de
Ritchie Blackmore ne fait plus forcément fantasmer, dépassé par la technique virevoltante d'
Eddie Van Halen ou du regretté
Randy Rhoads, l'arrivée de
Joey Lynn Turner derrière le micro correspond à la fois au carton mondial de
I Surrender et, pour les puristes, à une baisse de régime de la part de l'Arc-en-Ciel. Un groupe rentré dans le moule, ou plutôt dans le piège de la recherche du succès radiophonique.
Bent Out Of Shape tire alors son épingle du jeu. On ne l'attendait pas et surtout, on n'espérait même plus que le groupe serait encore capable de relever son niveau. Certes, la section rythmique est toujours reléguée au second rôle, indigne du talent des musiciens, et la dualité entre le clavier et la guitare se taille la part du lion, même si on entendra toujours mieux Ritchie que
David Rosenthal. Mais les mélodies flirtent avec des sonorités rock, qui annoncent des refrains directs, fédérateurs (
Stranded, excellente entrée en matière d'un groupe qui recherchait la confiance). Et on assiste à une mue. Le papillon sort de sa chrysalide et ses ailes sont irisées. On retrouve avec plaisir cette variété de composition même si le souffle épique des débuts se fait plus rare. C'est pour cela que l'on appréciera d'autant plus le précieux instrumental
Snowman, sur lequel Blackmore a adapté à sa sauce la musique de
Howard Blake (les puristes auront de toute manière reconnu les mesures de
Walking In The Air. C'est calme, c'est beau et cela met en appétit avant le final titanesque, un
Make Your Move idéal pour achever cette aventure.
Car oui, l'aventure s'achèvera après cet album, Blackmore et
Roger Glover s'en iront rejoindre la reformation du Mark II mythique du
Deep Purple... Choix étrange pour certains,
Bent Out of Shape ayant eu d'excellent retours des USA, l'appât du gain pour d'autres... Une légende s'efface au profit d'une autre. Et ce disque ? Un bien bel adieu. Et comme on le dit, ce n'est qu'un au revoir, n'est-ce pas ?