Après sa signature chez Atlantic et son très controversé
Fighting The World,
Manowar nous revient comme si de rien n'était avec son sixième opus studio, le cultissime
Kings Of Metal, pour lequel Ken Kelly signe sa première illustration pour le groupe. Un groupe qui se risque à l'autodérision en misant sur un second degré qui n'est pas au goût de tout le monde, surtout que le disque peut rapidement devenir surfait.
Kings Of Metal, c'est l'histoire d'un sacre qui ressemble à une usurpation. De qui, de quoi, nul ne le sait, en tout cas la créativité reste soigneusement en berne (l'inventivité d'albums plus anciens semble avoir déserté les partitions).
Manowar le proclame dans la chanson titre : "other bands play,
Manowar kill" (Les autres groupes jouent,
Manowar tue). Ce qui n'est pas tout à fait vrai. Il suffit de comparer cet album avec d'autres parutions de la même époque et l'on constate aisément que la bande à DeMaio est avant tout un folklore avant d'être au-dessus du lot.
Donc, bienvenue dans un monde remplit de testostérone, de sang, et de warriors, où le heavy metal est une profession de foi. Un sacerdoce même. Un monde où mine de rien, ça avance pépère en produisant ce qu'il faut d'hymnes à la gloire du heavy ou de
Manowar, sans prendre forcément trop de risques. Tout commence avec un très rapide
Wheels Of Fire, qui sent l'huile de moteur à plein nez (et une bonne dose de testostérone évidemment), un riff trépidant ponctué de choeurs dans le plus pur esprit warrior, puissants, généreux. Une bonne mise en jambe pour affronter une compilation de mid tempo ou de low tempo pas forcément des plus inspirés. La chanson-titre, du coup, parait plutôt faiblarde et racoleuse pour ce qui est sensé être un hymne suprême. En revanche, on peut être séduit par la variation à la basse sur le thème du Vol du Bourdon de Nicolaï Rimsky-Korsakov (
Sting Of The Bumblebee) qui vient ouvrir le puissant
The Crown And The King (Lament For The Kings). Puissant ? Pour un low tempo, la prestation est exceptionnelle. Pas franchement heavy, avec une mélodie entêtante et des choeurs somptueux qui viennent donner une aura quasi religieuse à cette composition, relevant un niveau jusque là relativement moyen.
Hail And Kill est l'autre tuerie de cet album, construite sur un rythme trépidant, où la guitare est reine.
Ross The Boss n'est pas un grand technicien de la six-cordes, mais force est de constater qu'il avait un style bien à lui et bien dans l'esprit
Manowar. Il est précis, les soli sont consistants. Mais ce break aux sonorités "maidenesques" ne serait-il pas de trop pour un groupe auto-proclamé
Kings Of Metal ? Autre bon point, l'épique
Blood Of The Kings qui vient clore les débats de fort belle manière, sur plus de sept minutes d'un heavy metal glorieux et de très haut niveau.
Mais
Manowar a aussi la fâcheuse habitude de s'auto-parodier et de donner naissance à des morceaux indigestes, qui cassent le rythme. On pense évidemment à
Pleasure Slave, délicat, à la base un bonus track placé vers le milieu du disque et qui n'apporte rien, sauf une espèce de profond ennui trompé par des éclats de rire à la lecture des paroles (ou par une crise de nerfs si l'on est féministe). Puis il y a aussi le passage narratif qu'est
The Warrior's Prayer, introduction au monumental
Blood Of The King, véritablement chiant sur la longueur et qui ne sert quasiment à rien, sinon à apporter une touche de folklore Manowaresque.
Kings Of Metal est culte, mais culte ne signifie pas forcément excellent.
Manowar le prouve avec un bon album qui n'arrive jamais à briller comme
Sign Of The Hammer. puis bon, un groupe qui se prétend warrior et qui salue Errol Flynn dans son livret, l'homme qui porta les collants verts pour incarner Robin des Bois, ça casse franchement l'image. Un disque à découvrir pour quelques pépites, mais le Walhalla s'éloigne.