Si aujourd'hui
Morgoth est considéré comme un groupe de death metal parmi les plus influents en Allemagne, la raison peut déjà se faire sentir dans ce disque, réunion incestueuse entre deux EP qui avaient marqué la fin des années 80 de leur empreinte sanglante.
Puisant leur inspiration aussi bien dans le thrash que dans le death metal américain (Death et
Obituary en tête), les Allemands de
Morgoth ne pratiquent pas le jeu le plus original qui soit dans ce domaine. Mais ils y mettent suffisamment de bonne volonté pour que l'ensemble soit des plus alléchants. Si les riffs de guitare ne sont pas forcément très puissants (typique du son US made in Morrisound Studios), ils conduisent l'auditeur dans une espèce de spirale infernale hypnotique et assassine, où les rythmiques sont parsemées de quelques blast beats bien insérés, jamais envahissants. C'est une musique efficace, limite catchy par moment, grâce à une fougue qui fait plaisir à entendre. Par-dessus cette avalanche sonore, le grogneur
Marc Grewe vomit ses textes, entre le caverneux éraillé à la
Chuck Schuldiner et le cri outre-tombesque à la
John Tardy.
Ne brillant pas par son originalité,
Morgoth se doit donc de proposer une musique intéressante. En variant les tempos pour créer un climat malsain, propice aux fondements horrifiques du death metal, le jeune groupe démontre que Century Media a eu le nez creux de les signer après une seule et unique démo, dont
Pits Of Utumno est d'ailleurs ici reprise. Même si cette réunion entre deux EP manque de diversité, elle n'est pas pour autant monotone.
Morgoth arrive toujours à surprendre au détour d'une accélération ou d'un ralentissement bien amené, un break meurtrier pour les cervicales ou des parties instrumentales de haute volée.
La marque death US colle à la peau de cet album, indéniablement.
Morgoth ne prend pas encore à coeur de se développer un son réellement personnel comme le feront les groupes suédois dans un futur proche. Le combo préfère une approche plus frontale, résolument old school, sans brutalité excessive et qui ravira les amateurs de death américain de la première période. Les premières grosses chaleur apparaissent sur l'instrumentale
The Afterthought, trépidante, puis sur le succulent
Selected Killing barbare à souhait.
Burnt Identity est indéniablement un autre grand moment de ce disque qui prend des allures fédératrices pour la scène germanique.
D'entrée de jeu,
Morgoth place la barre haut, suffisamment haut pour avoir du mal à maintenir ce niveau ; le prochain méfait des Allemands sera moins attachant que ce Resurrection Absurd qui suinte encore le bouton d'acné perforé, mais qui n'en demeure pas moins terriblement jouissif.