Si Lichtgestalt avait marqué le pas par rapport aux opus précédents, le double live Lichtjahre s'est vite montré rassurant, deux ans plus tard. Il faut dire, l'exercice du live permet souvent un groupe de se donner de l'allant ou au contraire, de changer radicalement de direction. On se souviendra du fossé artistique entre Stille (1997) et Elodia (1999), entrecoupé par un enregistrement en public justement. Aussi, il est difficile d'appréhender pleinement ce Sehnsucht qui, dans l'inconscient collectif, reste avant tout le disque de la consécration pour
Rammstein.
Sehnsucht, c'est également un des mots les plus employés dans les paroles de
Lacrimosa, il était donc logique qu'un opus finisse par porter ce nom, même si
Rammstein leur a brûlé la politesse, même s'il ne faut pas s'attendre au même type de musique, à la même profondeur, au même regard sur la mélancolie.
Tilo Wolff en a fait son fond de commerce et déploie son talent pour toucher ses auditeurs à travers une musique mélancolique, parfois tragique, qui ici prend une tournure un peu spéciale. Les parties symphoniques sont en effet plus en retrait, moins importantes et l'aspect heavy de la musique s'en retrouve renforcé. Sans être un retour en arrière, à l'époque où le groupe n'avait pas forcément les moyens dont il dispose aujourd'hui, ce n'est pas non plus vraiment un pas en avant, plutôt une façon de briser la routine.
La pochette, elle s'inscrit dans la continuité des précédentes, toujours ce noir et blanc artistique même si elle n'est pas la plus réussie de toutes. Le livret a été en revanche très travaillé, ce qui fait toujours plaisir. Musicalement, donc, Tilo Wolff a laissé cette fois-ci plus de place à la guitare, avec des morceaux sensiblement plus courts que ce qu'il proposait ces dernières années. Enfin, tout reste relatif, six minutes reste une moyenne assez élevée. On peut être étonné au premier abord par certain s titres plutôt catchy, à l'instar de l'excellent
Feuer, au rythme entraînant, une mélodie doucereuse sur laquelle vient se greffer un choeur d'enfants qui vient chanter quelque chose d'assez sournois, ce qui a du faire se dresser les cheveux de ces chères têtes blondes. On retrouve bien sûr
Anne Nurmi au chant sur une ballade qui n'est pas sans rappeler
The Turning Point,
A Prayer For Your Heart, au piano entêtant, à la mélodie délicate. Elle apparait également à plusieurs reprises en compagnie de Tilo, qui assure encore une fois la majeur partie du chant, ce qui convient toujours parfaitement à l'ensemble. La présence de Anne est nécessaire, car elle apporte un côté plus délicat, toujours romanesque à l'ensemble. Elle est la contrepartie idéale, un point de pivot qui souvent permet au groupe de se réinventer.
Bien sûr,
Lacrimosa reste
Lacrimosa. Malgré une tournure plus heavy, la formation reste immédiatement identifiable à l'oreille. Cette mélancolie si particulière, ce romantisme indéniablement lié à la langue de Goethe, sont quelques uns des ingrédients nécessaires, ainsi que cette faculté à véhiculer des émotions sans franche retenue, avec une musique qui vient du coeur. La subtilité des arrangements est un ciment efficace pour lié les différents éléments entre eux. Ensuite, que le résultat soit heavy ou plus calme, le résultat est le même,
Lacrimosa nous convie à un voyage à travers la complexité des sentiments, où l'amour a toujours une place prépondérante, aussi bien dans la lumière que dans l'obscurité.
Même si ce disque n'a pas de réelle ligne directrice à l'instar de Fassade ou Elodia, il reste appréciable par sa succession de morceaux tous différents des uns des autres. On passe de compositions énervées (
Feur,
I Lost My Star In Krasnodar) à des choses plus profondes, comme
Der Tote Winkel ou
Die Taube sans que les différences lexicales ne soit choquantes. Cela forme un tout, un ensemble parfaitement maîtrisé. Et si l'on peut reprocher un orchestre symphonique plus discret et peut-être sous-mixé, sa présence n'est pas anodine et vient donner une impulsion ou une envolée bienvenue au bon moment. Mais certains fans pourront se montrer déçu par son faible investissement.
Sehnsucht reste un excellent album, varié et profond, qui montre que même si le style ne varie en définitive pas beaucoup,
Lacrimosa n'a pas perdu la main et maîtrise toujours avec talent son sujet, à savoir un metal gothique aux accents symphoniques qui sort volontiers des sentiers battus pour avoir sa propre personnalité. Pas simplement un album de plus, une nouvelle oeuvre à mettre à l'actif de la formation germanico-finlandaise.