Après un
We Care A Lot passé complètement inaperçu en Europe mais qui aura su séduire une partie des USA,
Faith No More revient deux ans plus tard avec un nouvel opus signé sur le label Slash Records qui leur permet une meilleur diffusion ainsi qu'un point de chute sur l'Ancien Continent qui ne demandait qu'à succomber au charme peu orthodoxe des Américains.
Il faut dire que la musique pratiquée par
Faith No More a quelque chose d'inédit pour l'époque, le style fusion étant encore très underground. Aussi, quand un combo au look mal dégrossi et à la réputation sulfureuse débarque avec un single qui passe en heavy rotation sur MTV (
We Care A Lot, astucieusement reprise) il y a de quoi rester pantois. Car
Faith No More, en pleine tourmente thrash, détone dans le paysage musical. Imaginez une basse très en avant, résolument funky, alliée à des claviers au son étrangement kitsch, à une guitare qui délivre des riffs simples mais précis, sans chercher à s'imposer plus que ça, une batterie groovy à souhait, qui s'émancipe du "poum tchac" typique des années '80. Et un chanteur qui chante faux. Atrocement faux.
Malgré ce mélange qui pourrait être carrément instable,
Faith No More parvient à se trouver une ligne directrice, à tenir la route dans un style hybride, à la fois oppressant et sautillant, étrangement hymnique par moment (
We Care A Lot se détache nettement du reste et assurera sa place en concert jusqu'au bout). Musicalement, la progression est intéressante, même s'il manque encore cette finesse et cette démesure qui caractériseront le combo sur l'opus suivant, et même si le chanteur vient plomber l'ensemble...
Chuck Mosely fait certainement de son mieux, mais sa technique laisse à désirer. Non seulement il chante faux, mais en plus, il ne rappe pas très bien, son phrasé manque cruellement de substance et de rythme. Il n'est donc pas étonnant qu'il ait été remplacé dans la foulée par un artiste haut en couleur et complètement timbré par la suite. Pour le moment, les prestations vocales sont très en-deça de ce que l'on était en droit d'attendre. Certains y trouveront un certain charme un peu désuet, d'autres le trouveront forcément rédhibitoire.
Alors évidemment,
Introduce Yourself faisait figure d'OVNI sur la scène ricaine de 1987. Avec le recul, on peut y voir un brouillon pour
The Real Thing dont on retrouve une bonne partie des recettes, moins poussées, moins travaillées.
Introduce Yourself est un album très direct, qui se déguste en instantané et qui n'a pas besoin de beaucoup d'écoutes pour être parfaitement assimilé. Un bon disque au niveau de l'instrumental. Mais pour ce qui est de la voix... A tester.