Le départ de l'excellent
David Readman aurait pu être préjudiciable pour
Adagio. Une voix puissante et originale dans un monde où la plupart des chanteurs cherchent à atteindre les notes de Bruce Dickinson ou de
Michael Kiske, ça ne se refuse pas et
Adagio l'avait perdue. Et c'est
Gus Monsanto qui hérite du micro. Le chanteur n'est pas transgénique, ni bouffé par les pesticides ; si son passé artistique reste flou, son organe est agréable, peut-être un peu trop commun pour le style pratiqué. L'important étant qu'il chante juste et qu'il arrive à véhiculer des émotions, le fait qu'il soit passe-partout est pardonnable.
Stephan Forte est toujours sous le charme de la collaboration avec
Anorexia Nervosa ; il
dope littéralement la musique de
Adagio tout en conservant l'aspect progressif et théâtral qui la caractérisait. Les riffs de guitares sont incisifs et ne demandent pas de longues introductions pour se mettre en place : le propos est ici bien plus agressif, proche du power-metal germanique. L'aspect neo-classique est gommé petit à petit des compositions. Et ce discours direct est plaisant.
Adagio franchit une étape importante dans sa carrière en développant son style, en lui donnant une personnalité plus affirmée.
On se retrouve alors avec des intrusions de growls/screams assurés par Forte lui-même, qui permettent un contraste saisissant et très satisfaisant avec la voix de Monsanto. Plus que la confrontation du bien et du mal, on a cette force de caractère qui permet à
Adagio de sortir du lot. Se basant aussi bien sur des lignes mélodiques proches du black metal que sur des musiques de film (les introductions de
Dominate et de l'excellent
R'Lyeh The Dead renvoient directement au travail de John Williams et de Danny Elfman). Du coup, le travail au clavier est important.
Kevin Codfert rivalise d'ingéniosité avec Forte lors de duels fratricides entre guitare et synthétiseurs ou pour développer une ambiance toujours glauque. Parfois un peu trop envahissant, mais son travail sur l'ensemble est imposant. La section rythmique est également très satisfaisante. La basse densifie le son tandis que la batterie assure une base solide sur laquelle le reste n'a plus qu'à se greffer sans risque de manquer d'impact. C'est d'autant plus criant quand on constate la maîtrise instrumentale sur la reprise du fameux
Fame de
Irene Cara, réussie et frappée du sceau
Adagio.
Cependant, tout est loin d'être parfait. On sent que le groupe hésite à y aller franco (comme n'aiment pas se le rappeler les Espagnols).
Fire Forever parait en effet bien inoffensive, la courte ballade
Kissing The Crow tranche avec l'ambiance générale et ne réussit pas à sortir du lot, elle paraît fade après la plus ambitieuse
Arkitecht, écrite de façon plus prog' avec des changements de rythmes opportuns. De plus, ce Dominate ne parvient pas à relever totalement le défi clairement lancé par Underworld. Stephen Forte est un bon compositeur, mais le génie ne l'habite pas, pas ici en tout cas. Il est en plein apprentissage et engrange consciencieusement de l'expérience en vue d'un futur plus sombre.
Dominate reste toutefois un bon album, avec un chanteur qui a su l'habiter, même si l'aventure s'est arrêtée peu après pour lui. Un disque de transition, qui permet à
Adagio de commencer à se défaire lentement de l'étiquette de clone de
Symphony X qui lui collait à la peau. L'essai a été marqué, pas transformé immédiatement, mais ce n'est que partie remise.