Mayhem est-il encore
Mayhem ? Le débat est ouvert depuis que
Hellhammer a reformé le groupe, alors qu'il n'en était pas un membre original. Pour une large partie des fans,
Mayhem est mort avec
Euronymous. Pour d'autres, moins nombreux, c'est avec
Dead, en grande partie responsable de la noirceur de De Mysteriis Dom Sathanas. Mais depuis la reformation symbolisée par l'excellent
Wolf's Lair Abyss,
Mayhem est devenue une espèce de machine commerciale, jouant sur un passé sulfureux et un nom légendaire. Le son n'est plus le même et
Blasphemer a imprimé un nouveau style au groupe, expérimental et terriblement malsain. Et
Grand Declaration Of War a fait débat, avec ses incursions électroniques, son chant limite rappé sur certaines compositions... De quoi faire hurler les puristes.
Après l'épisode des albums live calamiteux parus en 2000 et 2001,
Mayhem a pris son temps pour sortir un successeur à
Grand Declaration Of War. Annoncé d'abord comme un retour aux sources, il apparait très vite que c'est un mensonge éhonté. Chimera est un disque nimbé d'une ambiance sombre, mais calculée. L'album ne semble pas "naturellement" noir, comme si le groupe avait insisté sur certains points pour envenimer les choses, comme l'utilisation de ce chant clair sur quelques parties, ou ces choeurs presque religieux que l'on retrouvera sur
My Death. Une excellente production lisse les contours, et le nihilisme du précédent opus s'en est allé.
L'idée de débuter l'album par le brutal
Whore n'est pas mauvaise. Les blast beats sont de rigueur, c'est sec comme un coup de trique et sur près de trois minutes,
Mayhem donne une petite leçon de black metal... pour ceux qui commenceraient à s'intéresser au genre avec un grand nom.
Whore est classique dans sa construction et ne viendra en définitive qu'apporter de fausses pistes quant au déroulement de cet album. En se mettant à la portée de l'amateur de black moyen,
Mayhem s'assure un certain public qu'il semble s'efforcer de perdre par la suite.
En effet, le groupe part dans des compositions plus alambiquées, dont certains riffs, certains breaks à la batterie, semblent avoir été récupérés de
Grand Declaration Of War.
Dark Night Of The Soul reprend ainsi pas mal d'idées développées sur le disque précédent, avec un chant bien plus écorché. Terminé les psalmodies,
Maniac redevient un écorché vif. S'il n'est pas toujours très convaincant dans son rôle, le chanteur parvient toutefois à habiter certains titres de façon glaciale, comme sur l'excellent
My Death où sa présence fait froid dans le dos.
Mais
Mayhem n'avance pas avec génie. L'a-t-il déjà fait ? Même si l'on devine la récupération du style développé sur
Grand Declaration Of War dès que l'on gratte le vernis de ce Chimera, cet album peine à décoller. Entre sa brutalité en trompe-l'œil et son absence de réelle ambiance, du fait d'une production qui stérilise les arguments déployés ça et là, rien n'y fait et
Mayhem retombe à la portée du tout-venant, mais ne parviendra pas à séduire ceux qui recherchent la noirceur traumatisante du black metal. Sans être un mauvais disque, Chimera n'apporte rien en l'état des choses. Peut-être qu'avec un son plus sale, avec une écriture moins calibrée, on aurait pu avoir un grand disque. Là, c'est quelconque, à part
My Death et le très intéressant
Impious Devious Leper Lord...