Avec la sortie de
IV: The Eerie cold,
Shining changeait sa musique et lançait un beau pavé dans le monde du Black metal. Moins violent que son prédecesseur et plus porté sur les passages aérés, le IV du groupe avait montré une évolution de leur style non négligeable. Et c'est avec le
V: Halmstad que tout se joue alors.
D'une violence haineuse et dépressive à une violence mélancolique et doucereuse,
Shining a fait fort. Si le terme de Black metal convenait auparavant (les trois premiers essais du groupe), il apparait ici réducteur. Depuis
IV: The Eerie cold, il est désormais question d'atmosphères: les guitares acoustiques prennent le pas sur des guitares autrefois extrêmes, aux riffs typiquement Black, les passages posés sont légions et c'est incroyable que la musique de
Shining que l'on aurait pu croire diminuée avec cette évolution s'en trouve fortement accentuée dans la recherche émotionelle. C'est dans
V: Halmstad que le groupe pousse sa démonstration au plus haut, encore plus haut que le IV, c'est pour dire.
"Yttligare Ett Steg Närmare Total Jävla Utfrysning" et ses riffs Black'n'roll jouissifs, son break arpége silencieux, son passage acoustique au solo limite flamenco; "Längtar Bort Från Mitt Hjärta" et ses guitares possédées, son intro doom à l'acoustique torturée et glauque: on pourrait disserter sur chacun des morceaux de ce
V: Halmstad sans vraiment parvenir à une totale compréhension des objectifs de
Shining. Cependant, s'il en est un qui est évident, c'est le fait de vouloir nous faire vivre quelque chose, et ce quelque chose est dangereux, il faut le dire. Dépressive, sans concession dans la souffrance, la musique du combo transpire la douleur et la haine. Les breaks acoustiques font mal au coeur et le chant de Kvaforth, encore une fois incroyable, est un nouvelle fois d'une jouissance extrême, nous incitant à la colère et au spleen total.
Plus douce donc, moins Black metal au sens traditionnel du terme, la musique des Suédois est à son apogée et son rythme aussi. Désormais, place à la quiétude. En témoigne la fin de "Längtar Bort Från Mitt Hjärta" avec cette lenteur triste et cette voix féminine qui raconte briévement sa vie par delà les ambiances d'arrière-plan (le piano et la basse lourde). "Åttiosextusenfyrahundra" est également l'exemple parfait de l'apaisement donné dans l'album, une sorte de mort programmée, une après-vie offerte avec le plus grand soin. Reprise de la Sonate n°14 de Beethoven ("The Moonlight sonata"), le morceau est court et en piano, permettant de souffler légérement dans tout ce mal-être. "Låt Oss ta Allt Från Varandra" par exemple, et son passage au piano saupoudré des pleurs de cette jeune fille qui tente de parler et cette suite où le violoncelle apparait, donnant une ampleur grandiose au spleen de
Shining. La voix de Kvaforth se fait plus claire, ses sentiments aussi. Plus de cris sans fin, il est au sommet de son art lui aussi, faisant transparaitre des tortures intérieures incroyables. Les solis sont aussi plus présents et celui de "Låat Oss ta Allt Från Varandra" montre bien la liberté d'exploration que se donne le groupe.
Le Black metal du combo suédois ne perd cependant pas sa rage, le côté Black'n'roll est toujours aussi présent, mais le groupe céde une place essentielle aux arrangements et aux instruments classiques. Le début de "Besvikelsens Dystra Monotoni" au violon et au violoncelle par exemple, envoie sévérement en matière de tension. Et le chant clair de Kvaforth est ici au summum du barré sur le passage en arpége évoluant lui aussi, vers une sorte de Drum'n'bass énormissime. C'est bien simple: pas un seul morceau n'échappe aux passages aérés voulus par le groupe; les sublime passages à la guitare acoustiques aux solis folks de "Neka Morgondagen" pourtant très Black metal dans les riffs démontrent cet aspect du skeud.
Intense, inouï, culte et indispensable sont les adjectifs qui qualifient le mieux ce disque. Meilleur opus du groupe, véritable paroxysme de l'émotion donnée par
Shining,
V: Halmstad se vit une nouvelle fois mais dans une douleur dangereuse qui fait de cet opus une écoute à déconseiller encore plus aux jeunes oreilles. Dépressive, atmosphérique, tantôt violente et calme ou exotique et traditionnelle, la musique de
Shining a changé et en bien. Un must-have, un chef-d'oeuvre, un classique et une fierté de l'histoire du Black metal et du metal tout court, assurément.