Quatre ans, c'est long entre le premier et le second album. Pourtant, c'est le temps qui sépare ce
King Of The Dead de
Frost And Fire, le premier essai de
Cirith Ungol. Et en quatre ans, il peut se passer énormément de choses : en Grande Bretagne, la New Wave Of British Heavy Metal disparaissait, ne laissant sur le ring que les élèves les plus doués, le thrash commençait à se répandre sur les USA et le guitariste de
Cirith Ungol,
Greg Lindstrom, lassé d'attendre, quittait le groupe. Il aura néanmoins composé pour ce disque.
Même si le nom du groupe fait toujours référence à Tolkien, l'imagerie fait quant à elle référence à l'univers de Michael Moorcock (ici, Elric combattant le roi des Goules, l'étoile du Chaos au verso de la jaquette...) Le combo a réussi à se trouver une ligne directrice qui lui convient, loin des hésitations stylistiques du premier effort. Ici, on a affaire à du heavy metal épique mais pas forcément guerrier. En tablant sur des morceaux plutôt mid tempo,
Cirith Ungol prend le temps de créer une ambiance, avec de longs passages instrumentaux où la guitare et la basse se complètent. Souvent, la basse vient créer un climat lourd, malsain, digne d'une crypte mal aérée tandis que le six-cordiste
Jerry Fogle exécute des riffs aux mélodies simples avant de s'éclater sur les soli.
Tim Baker, derrière le micro, apporte de l'agressivité, avec son chant éraillé. Une combinaison sulfureuse, mais qui à l'époque de la sortie de l'album, n'était pas du goût du grand public : trop violent, trop sale pour les fans de metal US, pas assez rapide pour les amateurs de speederies thrash, une cible idéale pour les critiques de tous poils qui se sont fait un malin plaisir de descendre le groupe en flèche.
Pourtant, l'album est loin d'être mauvais ou pire, inintéressant. Doté d'une production très crue,
King Of The Dead jouit aujourd'hui d'un statut assez particulier, celui d'album culte pour les fans de heavy metal épique, au même titre que de nombreux opus d'un autre mal-aimé de la scène américaine,
Manilla Road.
Cirith Ungol varie les ambiances, passant de titres écrasants, proches d'un esprit doom (
Finger Of Scorn), relativement longs et lents à se mettre en place, à des compositions plus héroïques comme le title track où le travail entre la basse et la guitare est remarquable. Mais l'ensemble, comme il en a déjà été fait mention, n'est pas franchement guerrier. Contrairement à
Manowar qui jouait sur cette facette,
Cirith Ungol préfère être dans l'évocation, jouant les ménestrels plutôt que les scaldes en somme.
Evidement, en l'espace de 25 ans, la musique a eu le temps de prendre un coup de vieux, surtout que la production est vraiment très brouillonne. Cependant,
King Of The Dead n'en demeure pas moins un très bon disque, un des fleurons de la - maigre - discographie des américains, dépassant de deux bonnes têtes son aîné, incapable de rivaliser pleinement avec son successeur,le puissant
One Foot In Hell. Un disque un peu maudit, d'un groupe qui lui, l'était complètement de son vivant.