Retour à l'accueil
Chronique
Chroniques :: Chronique de En(d)grave

Chronique de En(d)grave

Abysse  - En(d)grave (Album)

 8 
10

Heureux qui avec Abysse a fait un beau voyage



Faisant fi de toutes les modes Abysse pratique son Metal Instrumental depuis des années maintenant, accouchant de demos qui allaient crescendo dans la qualité, révélant une créativité exemplaire, un sens artistique rare et surtout un potentiel énorme. L'étape de l'album est d'autant plus attendue dans ce style que dans d'autres car c'est là qu'Abysse va prouver sa capacité à tenir en haleine, à plonger l'auditeur dans son univers façon James Cameron, à lui faire oublier son quotidien pour le confronter à une histoire épique pleine de rebondissements.

Les termes d'histoire, d'épique et de plongée ne sont pas choisis au hasard, la musique de Abysse est une aventure, une espèce de voyage dont on s'extrait avec peine, des soleils à la place des yeux, le sourire carnassier et l'envie profonde de retourner se frotter à cet album mastodonte, où chaque morceau possède sa propre identité, chante son propre récit, tout en s'alliant aux autres pour former un tout puissant, mouvementé et vivant. Car Abysse a poussé loin son art, s'est affranchi de tout code et propose sa vision du Metal, brillante et réfléchie, à la fois un hommage au bon vieux Metal des Anciens et un amour de tout ce qui constitue la force du genre : sa diversité. Aussi les riffs rappellent la saveur de nombreux styles, l'attaque de Metallica sur l'excellent et épique « Mastodon », le côté Rock'n'roll dévastateur du Stoner sur « Sharp And Chrome », coulée de boue grasse dont on se tartinerait bien le corps, ou bien sûr la puissance émotionnelle de mélodies embarquées dans un crescendo rappelant le Post-Rock (superbe intro de « Eagle Of Haast »).

Mais toutes ces références sont imbriquées dans le style Abysse, que l'on voit se former sur ce En(d)grave. Rarement on a pu entendre une musique aussi aboutie et personnelle sur un premier album qu'avec celui-là ; c'est bien simple, Abysse ne copie pas, il ne reproduit pas, il pratique l'innutrition (Du Bellay si tu nous lis...), s'est abreuvé de ses influences pour les retourner et les retourner et les mélanger à son esprit et ses idées à lui pour en faire un tout incroyablement cohérent et profond. Certes on pourra reconnaître ici et là la patte d'un artiste que l'on connaît, mais la progression des morceaux est si bien faite qu'il devient difficile de le sortir de l'ensemble : dans En(d)grave, tout est logique, limpide, et l'écoute se fait attentive, avec le plaisir du voyageur embarqué pour une longue traversée, comme dans le meilleur d'un Red Sparowes. Comment ne pas se sentir emmené dans leur univers dans une pièce comme « Golden Life », peut-être le meilleur morceau de l'album, à la verve dramatique touchante, à la puissance évocatoire énorme et aux riffs tout bonnement monstrueux (quelle fin !)? Cela fait bien longtemps que du Metal ne m'avait pas saisi avec autant d'intensité, donner le sourire et la pêche avec cette force là.

Du haut de son Metal Instrumental, Abysse en dit bien plus que la moitié des groupes à voix. Son moyen d'expression atteint une maîtrise presque totale, et je dis presque parce que certains morceaux font moins mouche, la faute à une progression en dents-de-scie et des mélodies et/ou riffs moins efficaces comme sur « Forest Monument » surtout, malgré sa première partie très bonne et « Ten Thousand Changes », sympathique mais peu mémorable. Abysse aime les soli aussi et si la majorité sont excellents (celui du bulldozer « Mastodon » au riff de fin « andouillettes au barbecue les gars ! »), d'autres sont dispensables et viennent quelque peu ternir l'ambiance par leur fadeur (toujours « Forest Monument »). Tout cela ne représente qu'une faible portion de En(d)grave dont les riffs mortels et mélodies salvatrices représentent une écrasante majorité du lot. Il est aussi un peu regrettable qu'Abysse use davantage du côté brut du Metal plutôt que de la douceur du Post-Rock, qui s'avérait plus présente dans Le Vide Est Forme. De fait, En(d)grave est plus rugueux, plus montagneux, céleste et désertique que maritime et abyssal, à l'image de ce superbe artwork d'Hades Design, à la mythologie développée mais s'éloignant quelque peu des premiers amours symboliques du groupe. Mais le voyage se fait sans encombre, chaque morceau disposant de sa force propre, symbolisant une étape jusqu'à la longue pièce « Light For Wheke », sorte de montagne russe qui peut à la fois écraser, manier le vertige et bercer de nostalgie, conclusion mouvementée de cette grande odyssée.

Peu de défauts pour un premier album qui prouve qu'Abysse est un groupe en devenir, qui a réussi à penser son art jusqu'à le faire maturer et atteindre sur ce premier album une force démente. Plus rugueux et massif que magnifique et planant, le son des nantais dégage une aura, un quelque chose que seuls les grandes formations possèdent et même si la production y est pour quelque chose, la musique emporte tout. Émotion, contemplation, secousses et puissance sont les maîtres-mots de ce premier album excellent, véritable récit épique fort d'une progression rarement ennuyeuse et ce même dans ses morceaux les moins bons. Écouter En(d)grave c'est parcourir la surface d'un monde onirique dans la peau d'un aigle, c'est s'embarquer dans une narration subtile, une quête à l'ancienne, avec moins de tragique que d'épique. Il reste que le groupe dispose d'une marge de progression, sa personnalité peut davantage s'affirmer, les parties calmes et planantes être plus présentes. Qu'à cela ne tienne, il serait criminel de passer à côté d'une claques de ce début d'année : en parlant de Metal Instrumental en France, il faudra désormais s'attendre à entendre le nom d'Abysse sur toutes les lèvres.



Chroniquer cet album

Avis des chroniqueurs :
 



Chronique précédente

Tout

Chronique suivante


Commentaires




En(d)grave - Infos

Voir la discographie de Abysse
Infos de En(d)grave
acheter sur Amazon
Sortie : 22 avril 2012
Genre : Metal Instrumental Progressif
Playlist :
1. Eagle Of Haast (08:46)à écouter en premier
2. Ten Thousand Changes (06:58)
3. Mastodon (03:13)à écouter en premier
4. Forest Monument (06:01)
5. Sharp And Chrome (03:51)à écouter en premier
6. Golden Life (07:19)culte !culte !
7. Light For Wheke (08:15)à écouter en premier
écouter : Ecouter l'album



Abysse


Albums chroniqués :
Chronique de En(d)grave
En(d)grave
2012

Chronique de Le Vide Est Forme
Le Vide Est Forme
2008

Abysse
Abysse
Voir la page du groupe
Création : 2004
Genre : Metal symphonique
Origine : France

Rapports de concerts:



Groupes en rapport


Bulldozer
Bulldozer
Voir la page du groupe
Création : 1980
Genre : Speed Metal
Origine : Italie