Deux ans après la sortie de l’encourageant Disincarnate, la formation nordiste, alors menée par le charismatique Stéphane Buriez, repart en studio pour l’enregistrement du désormais mythique Sublime Dementia. C’est aussi sur cet album que l’on voit arriver le batteur Hervé Coquerel, qui remplace Thierry Pinck.
Rendez-vous en 1993 au Morrisound Studios en Floride aux côtés DU producteur death de l’époque, Scott Burns. Habitué aux grandes sorties death, comme Individual Thought Patterns de Death ou le premier album des
Cynic la même année, l’Américain apporte une nouvelle fois sa patte à la musique de
Loudblast. Mais contrairement à son grand frère, Sublime Dementia est plus accompli et plus inspiré. Le jeune loup Lillois apporte cette fois-ci à maturation toutes les idées récoltées sur Sensorial Treatment et Disincarnate. Oublions Licensed to Thrash, ce split album en compagnie d’
Agressor ne ferait qu’abaisser le niveau de la bête, utilisons une expression tiens : « Plus primitif, tu meurs. »
En opposition avec ses débuts, le combo du nord ressort transcendé par des années de routes en compagnie des plus grands (
Coroner, Death,
Sepultura), des collaborations (à l’image cette pochette signée par le polonais Bolek Budzyn), et un entourage le poussant à accomplir sa destinée.
Loudblast ne force pas les choses sur cet opus, il le fait avec conviction et envie, mais à aucun moment on ne sent l’envie d’en faire trop. Les Lillois déploient un death metal old school, à la sauce américaine, avec une inspiration reconnaissable de Death. Mais attention, les louds ne plagient pas leur aîné, en aucun cas nous ne faisons face à une pâle copie du monstre de Schuldiner. « Wisdom… (Father On) » dégage un côté malsain, les riffs sont largement maîtrisés par la paire Buriez/Leclercq et la différence entre le précédent opus en est presque flagrante. Cette fois-ci, le thrash s’estompe au maximum pour se fondre dans un death metal agressif, pas toujours violent, mais terriblement malsain.
Le groupe prend même des risques avec un interlude lyrique (« About Solitude ») déroutant. Le titre fait guise de repos en plein milieu de Sublime Dementia ou certaines mauvaises langues diront qu’elle fait tâche. Mais n’oublions pas également le classique « Subject to Spirit » où la voix de Stéphane surplombe l’ensemble avec facilité, le leader s’y impose avec son chant grave malfaisant et ses chœurs proches de l'invocation. L’ensemble se veut bestialement subtil, puisque l’utilisation de chœurs présente ne noie pas l’auditeur dans une supercherie musicale, ce que
Loudblast a banni avec Sublime Dementia.
Les Lillois se sont concentrés sur leur objectif avec cet opus, les plans musicaux sont fins et millimétrés. Sublime Dementia démontre avec une aura malfaisante qu’ils sont à la hauteur des espérances posées sur leurs épaules. Scott Burns a fait un travail d’orfèvre et revisite le son de
Loudblast pour un contenu percutant et incisif, Sublime Dementia révèle décidément d’une démence presque sublime.