Putain, quatre ans ! Quatre ans entre l'apocalyptique
Appetite For Destruction et le diptyque
Use Your Illusion, l'EP
Lies ne comptant décemment pas, malgré sa qualité intrinsèque.
Axl Rose en a profité pour virer
Steven Adler au profit de l'ex
The Cult Matt Sorum et engager un claviériste à plein temps,
Dizzy Reed.
Les fans commençaient sérieusement à s'impatienter (les pauvres, s'ils savaient alors combien de temps ils allaient devoir attendre
Chinese Democracy !) et le fait que le nouvel album soit annoncé comme double alimentait les fantasmes les plus pervers. Que réservait Guns N'Roses à son public ? Pouvait-il faire mieux que le monstrueux Appetite et ce, sur deux galettes ? La réponse est simple et tient en trois lettres : non. Non, parce que le groupe a peut-être bien eu les yeux plus grands que le ventre en s'attaquant à une telle pièce, non parce que la qualité des morceaux varie considérablement entre deux pistes, non parce que certaines compositions semblent inachevées et servent de bouche-trou.
Sur ce premier volet, à la pochette rouge et jaune comme le feu, Axl conduit ses troupes sur les sentiers d'un hard rock déjanté, parfois proche de ce qui était pratiqué sur le glorieux premier album. Ainsi,
Right Next Door To Hell est le genre de tuerie qui fait plaisir en ouverture, le refrain de
Back Off Bitch a un petit goût punknoïde pas désagréable,
Garden Of Eden pourrait être le complément d'objet direct du
Paradise City de l'Appetite. Mais il ne faut pas s'arrêter à ça, ce serait passer à côté de l'exceptionnel
Coma, composition envoûtante de plus de dix minutes qui vient clore ce disque, ou encore
November Rain, longue ballade épique de toute beauté où les musiciens livrent une prestation remarquable.
Mais le label qualité ne s'applique pas partout. La reprise du
Live And Let Die de
Paul MacCartney manque cruellement de feeling,
You Ain't The One, étrangement country, a un goût d'inachevé... Les musiciens ont mûri et s'ils aiment toujours un bon vieux rock'n'roll, ils ont également besoin d'expérimenter, d'explorer quelques pistes jusqu'alors négligées. Cela peut se traduire par des cuivres jouissifs (
Bad Obsession, une des grandes satisfaction de cet album), des invités en pagaille (citons par exemple
Alice Cooper qui vient pousser la chansonnette sur
The Garden), et des parties plus techniques, où le groupe teste des sonorités plus modernes, trafiquées (
Coma, déjà cité, mais qui illustre parfaitement ce point de vue).
Capable du meilleur comme du moins bon, Guns N'Roses réalise un très bon album même si la fraîcheur et l'impact des débuts fait défaut. En quatre ans, il était inévitable que le son change, que l'approche punk s'efface quelque peu pour laisser place à une approche plus mainstream de la musique. Quoiqu'il en soit, ça reste un bon cru et demeure un classique du genre, trop dense et trop long toutefois, là où un simple disque combinant les meilleurs titres des deux Use Your Illusion aurait eu encore plus d'impact.