Ce qui n'aurait jamais dû arriver pour les fans arriva. Telle une bombe atomique placée dans un berceau pour remplacer un ours en peluche, comme un requin pris de frénésie alimentaire dans une piscine municipale, comme un géant qui se plante un obélisque dans l'oeil, l'annonce paraissait incongrue, inimaginable !
Ritchie Blackmore, l'homme en noir, claque la porte de
Deep Purple, las de se disputer le contrôle du groupe avec
David Coverdale et
Glenn Hughes. Il ira fonder
Rainbow avec la réussite qu'on lui connait et laissera le pourpre profond vivre sa vie.
Hughes a alors l'idée de faire appel à son vieil ami
Tommy Bolin, qui s'était déjà illustré au sein de
Zephyr ou de
James Gang et qui vivait une réelle addiction à la drogue, comme le bassiste. De quoi faire une équipée plus qu'improbable et qui sur le papier, ne paye pas franchement de mine.
Pourtant Bolin est loin d'être un paresseux et s'attèle à la lourde tache de remplacer Blackmore avec application et nonchalance, sans chercher à copier son illustre prédécesseur. Le style se fait plus léger, plus funky également, le côté soul développé depuis deux albums devient encore plus présent. Evidemment, on est loin d'un
Machine Head ou d'un
In Rock, voire d'un
Burn ; le hard rock reste toujours présent dans le son
Deep Purple, mais repensé, traduit et appliqué de façon différente.
D'entrée de jeu, Bolin nous éclabousse de sa classe. Il joue sur le feeling plus que sur la démonstration et on assiste à une véritable coupure stylistique, comme si ce n'était plus le même groupe qui jouait. L'orgue Hammond de
Jon Lord se fait de plus en plus discret - on ne l'entendra que très peu - comme si l'envie n'y était plus, lui qui n'avait gardé le groupe en vie qu'à la demande de Coverdale. Il ne participera qu'à une composition, le diptyque
This Time Around/Owed To "G", soit une ballade couplée à un instrumental spatial plutôt bien foutu. Mais ce disque n'a pas besoin de trop de claviers car il est terriblement organique, il vit avec la guitare, la basse toujours plus funky et une batterie groovy à souhait.
Ian Paice réalise encore une fois un travail remarquable et prouve une fois de plus qu'il est l'un des plus grand batteurs de sa génération.
Come Taste The Band, c'est peut-être le disque du Pourpre Profond le moins typé des années 70, celui aura le plus repoussé le son d'un groupe qui n'avait jamais eu peur de mélanger les styles. La presse n'aura pas été tendre avec
Deep Purple à la sortie de cet opus de bonne qualité, plus abouti qu'un
Stormbringer, moins énergique qu'un
Burn. La tournée qui s'ensuivit tournera vite au cauchemar avec un Tommy Bolin incapable de se défaire de ses travers narcotiques. Il ne fut hélas pas étonnant d'apprendre son décès par overdose le 4 décembre 1976, à l'âge de 25 ans, mettant fin au Mark IV ainsi qu'à
Deep Purple pour huit longues années.