Depuis un
Snake Bite Love (1998) de sinistre mémoire,
Motörhead naviguait en eaux troubles, avec peu de motifs de satisfaction, un bon titre ça et là et des albums routiniers. Parce qu'à l'instar d'un groupe comme
AC/DC,
Motörhead joue une musique très homogène, qui peine à se renouveler d'album en album. Une touche spéciale, une marque de fabrique et c'est au plaisir que procure l'écoute d'un skeud que l'on peut savoir s'il est bon ou non, les domaines de comparaison étant nombreux (et là, confronter
Hammered et
Overkill s'avère fatal pour le premier cité).
Avec cet Inferno, musicalement, on n'est pas trompé sur la marchandise. C'est du
Motörhead pur jus, on reconnait cette patte rock'n'roll speedée avec cette batterie monstrueuse, ces soli concis en accord avec un esprit frondeur, la voix éraillée et travaillée au whisky de Lemmy.
Terminal Show est la mise en jambes rêvée : court, rapide, furieusement enlevé, on savoure et on dit merci. Merci pour ce coup de pied au cul qui rappelle la folle jeunesse du groupe, à l'époque des
Ace Of Spades ou autres
Iron Fist. On avance en terrain connu, mais on a la forme.
L'album se déroule ensuite de façon relativement prévisible. Du rock burné, une vague punk sous-jacente, mais une réussite dans la composition. Là, le groupe relève la tête. Après trente ans au service du rock, on pouvait croire que tout avait été dit pour
Motörhead et que les disques seraient désormais de simples prétextes à des tournées marathoniennes. Mais cet Inferno retrouve le feu sacré (si je puis m'exprimer ainsi). On reste scotché par la hargne d'un
In The Black, on apprécie le cynisme d'un
Life's A Bitch et on sera agréablement surpris par le blues mené à l'harmonica de
Whorehouse Blues, qui apporte un peu de fraîcheur pour un final à l'ambiance de bar mal famé. Cela sent le souffre, le sexe, l'alcool et les dessous de bras, on a aucun problème à imaginer un troquet lugubre perdu au fond d'une impasse.
On notera la présence de
Steve Vai qui vient se fendre d'un solo pour
Terminal Show et de la fin de la partie lead de
Down On Me, pour améliorer l'ordinaire en quelque sorte. Il reste suffisamment respectueux de l'esprit de
Motörhead pour ne pas trahir de façon égocentrique l'ensemble. Cependant,
Motörhead parvient lui-même à s'embourber dans ses travers habituels, cette manie d'enclencher le pilotage automatique et de devenir redondant. On sait quand le groupe est bon, on devine quand il évolue à l'ombre de son talent.
Sans être un grand album, Inferno se laisse écouter avec un certain plaisir, le groupe semblant presque touché par la grâce à certains moments. Certainement le meilleur opus depuis le très bon
Overnight Sensation de 1996, la tête qui sort de l'eau. Comme dirait Lemmy, l'eau ça fait rouiller, et là, on assiste à une cure de jeunesse.