Après cinq années sans proposer un réel album, juste un EP, Lost Tales, qui n'avait pas franchement convaincu,
Summoning revient aux affaire avec un Oath Bound à la pochette tout simplement magnifique. Que les admirateurs de Tolkien lèvent les épées ! La marche des Orcs reprend et balaie les derniers espoirs placés en une humanité trop occupée à s'étioler misérablement.
Et dans cette tumultueuse épopée,
Summoning se rapproche de ses débuts, avec un son toutefois plus clair, qui lui sied à ravir, la guitare revenant sur le devant de la scène, en une singulière morsure née de l'ombre. Et le voyage débute, une longue quête barbare où la violence n'est pas le maître mot. Elle se dessine, bien sûr, dans les chants écorchés de
Protector et de
Silenius, qui viennent déchirer les
textures des morceaux, s'alliant parfois pour des choeurs majestueux qui fondent sur l'auditeur comme une armée fond sur un village. Ce n'est pas de ce côté là qu'il convient de prendre ce Oath Bound, qui est bien plus délicat que cela, malgré des moyens qui sembleraient dérisoires à toute une horde de groupes clamant leur amour au pagan metal à grands renforts d'instruments traditionnels.
Car
Summoning est toujours aussi minimaliste dans la conception musicale : deux chanteurs, des claviers, une boîte à rythmes et une guitare sont les seuls éléments dont les deux musiciens ont besoin pour recréer les Terres du Milieu et le Mordor, dessinant des paysages fabuleux, dans un style qui leur est propre, même si pour certain la lenteur de l'évolution des Autrichiens devient préjudiciable avec les années.
Et pourtant, difficile de ne pas être happé par cet univers sombre, onirique et épique dépeint ici, avec pour trame de fond le Seigneur des Anneaux, revu et corrigé par Sauron. Le livre est lent, la musique de
Summoning l'est aussi, mais le duo ne se perd pas en chemin, sans pour autant se concentrer sur l'essentiel. Il suffit de fermer les yeux pour s'imaginer dans des campagnes déchirées, dans de grandes plaines témoins de guerres passées et à venir, des montagnes aux flancs escarpées, des marécages ignobles où les corps ne demandent qu'à remonter à la surface pour s'agripper aux vivants pour les entraîner avec eux, sous l'onde, pour s'enlacer dans la vase putride.
On se laisse facilement aller aux mélodies construites autour des claviers, sur lesquelles la guitare prend prise, sournoise, glauque, avec des percussions tribales et guerrières du meilleur effet, mêlées à des flûtes plaisantes, nées elles-même des claviers. C'en est presque déconcertant vu que même si cela sonne quelque peu synthétique, l'immersion se fait, on rentre dans le disque, on se noie avec lui, on brandit les armes avec lui, on le vie, on l'apprécie.
Les longues pièces qui parsèment cette oeuvre sont monstrueuses.
Across The Streaming Tide nous met rapidement en jambe. Protector assure le chant. Sa voix est plus claire que celle de son compère et contribue à l'onirisme guerrier qui entoure cette composition majestueuse. Cela en devient planant, une échappatoire à une réalité moribonde pour un monde plus dangereux, où l'Anneau Unique a provoqué un conflit d'une rare intensité. Oubliez Enya ! Oubliez
Blind Guardian !
Summoning mieux que personne a su décrire les Terres du Milieu et la géographie alentour, à la transformer en musique. Nous sommes au-delà de la forme la plus éthérée du black metal, nous ne sommes pas dans un monde pagan metal qui se mord sournoisement la queue en sortant des disques stéréotypés, nous sommes en armes, prêt à prendre part au combat, quelque que soit la place. Les tambours de guerre sonnent le rappel. Hurlez pour la victoire ! Car Sauron vaincra. Et c'est donc avec plaisir que l'on retrouve Protector derrière le micro sur la longue pièce finale, un
Land Of The Dead renversant, à la beauté ténébreuse et enivrante qui sonne comme un rappel des troupes pour célébrer les morts tombés sous les flèches ou sous l'épée. Une pièce majestueuse et épique, bouleversante dans sa mélancolie misanthropique.
Et entre ces deux merveilles, on retrouve des compositions d'une moyenne de huit minutes, où Silenius s'occupe principalement du chant, à l'exception d'un
Might And Glory. La voix est plus âpre, l'ambiance est toujours aussi poétique malgré tout. On notera le coup de force d'avoir chanté
Mirdautas Bras en langage Orc, un langage très râpeux qui ne plaira pas à tout le monde, mais qui démange l'oreille par sa texture violente et énigmatique. Mais gardons les yeux fermés pour savourer un disque qui s'apprécie dans son ensemble plutôt que sur des titres pris au hasard. Oath Bound est un tout et dans ce tout ô combien minimaliste,
Summoning a sur faire quelque chose que peu de groupes arrivent encore à faire : susciter des images, faire travailler l'imagination. Dans cette noirceur palpable, c'est beau, parce précieux.
Merci à qui de droit pour cette découverte musicale. Merci à cette personne pour avoir su conseiller pareille oeuvre. Et si cette chronique vous donne envie de vous plonger dans ce disque, alors c'est parfait. Les mots sont faibles face à ce que peut évoquer la musique de
Summoning et le mieux à faire pour comprendre, c'est de se jeter corps et âme dans la discographie des Autrichiens qui n'ont pas fini de nous étonner, malgré leur marge d'évolution très faible. Et tant mieux, quelque part. on demande trop souvent aux groupes de se chercher de nouveaux sons quand cela peut contribuer à les déphaser avec leur essence. Un grand disque de black metal atmosphérique et épique.