Nous sommes en 1994.
Obituary a laissé passer quatre précieuses années après
The End Complete et il sait qu'il ne peut se permettre de retourner dans cette voie. Un quatrième album dans la lignée des trois précédents, cela ferait désordre. Aussi, les musiciens vont décider, courageusement, de varier le propos, de s'ouvrir à d'autres horizons. Et à l'écoute de ce World Demise, on peut légitimement penser que la percée de combos comme
Biohazard ou
Sepultura n'est pas passée inaperçue.
La pochette est un premier indice, important, quant à l'évolution de
Obituary. La mort est toujours présente, mais pas de façon trop visible. Elle se dévêt de ses atours gores ou ouvertement menaçants pour se glisser sournoisement dans la toxicité d'une fumée crachée par des cheminées d'usines, prête à retomber sur la ville pour provoquer des cancers de masse. Regarder le livret, passer du temps à le feuilleter, met mal à l'aise et noue la gorge ; difficile de rester de marbre face aux photos de nature dévastée, où des fûts rouillent, où des enfants jouent sur des berges polluées. C'est sombre et ça donne à réfléchir quant à l'orientation du groupe sur cet album.
Parce qu'il est indéniable que
Obituary s'est donné les moyens de faire autre chose, ou de tenter de voir ailleurs s'il y est. Le travail sur les rythmiques est colossal.
Douglas Tardy joue de façon inédite, tout en cassure. Les tempos sont du coup ralentis et le death mue. Il se teinte de quelques passages plus hardcore dans l'esprit et revit lors d'accélérations dévastatrices pour les cervicales (celle de
Solid State est particulièrement efficace). Cependant, le groupe peine à se défaire de ses travers et on se retrouve rapidement dans un milieu confiné, noyé dans une homogénéité qui vient peser lourdement sur l'ensemble. Guitares redondantes, solis prévisibles et sans intérêt quand on connait l'opus précédent...
Les cinquante minutes de ce disque deviennent un supplice à mesure que le temps s'égrène. La lenteur démesurée de cet album convient mal à
Obituary. Le choix d'inclure des percussions tribales dans
Kill For Me sent la récupération du Chaos AD de
Sepultura à plein nez et ne convainc pas.
L'intérêt réside ailleurs. Dans les textes principalement; Ils parlent toujours de mort, mais sans évoquer des goules ou autres zombis. Cette fois-ci, la mort a un visage plus réaliste, celui des choix et des actions de l'homme vis-à-vis de la nature. Dès
Don't Care,
John Tardy nous met au diapason en nous enjoignant de de pas céder aux sirènes commerciales qui annihilent la planète. Effort louable, peut-être un peu moralisateur, dont l'effet est certainement un peu gâché par le chant de Tardy qui ne varie pas d'un iota. N'importe qui connaissant un tant soit peu sa voix trouverait qu'il s'agit de
Obituary lors d'une écoute à l'aveugle.
La pochette et les textes laissaient entrevoir un
Obituary nouveau et politisé. Le résultat n'est malheureusement pas très probant et le groupe, déjà en difficulté au moment de sa sortie, sera contraint de plier sous le poids et d'abandonner sa cause durant quelques années. Certainement pas le meilleur album des américains, peut-être pas le pire. Mais un disque qui en devient presque dispensable tout de même.