Comment appréhender If_Then_Else ? Comme un virage à 180° ? Comme une forme plus extrême de How To Measure A Planet ? Pas évident de porter un regard parfaitement clair sur cet opus qui navigue en louvoyant, l'équipage ayant le cul entre deux chaises, avec d'un côté la volonté de revenir à une forme plus metal, parfois dans l'esprit doom de ce que l'on pouvait entendre sur
Nighttime Birds, de l'autre cet attachement au son plus ambiant, trip rock que l'on trouvait sur le double opus jaune. Comme si les musiciens s'étaient rendus compte après avoir bien étudié les bandes ayant servi à l'enregistrement du live Superheat qu'ils avaient sauté une étape et qu'ils n'avaient pas proposé le disque intermédiaire.
Aussi, cet album navigue constamment entre deux mondes, on sent le groupe tenaillé entre ses diverses envies. La présence des guitares, revenues au premier plan, donnent bien sûr le sourire, on retrouve une certaine forme d'énergie propre à
The Gathering, qui fait tout de suite mouche. Que ce soit avec
Rollercoaster ou
Shoot To Pieces, on se retrouve sur un terrain assez familier, où la formation, menée par la voix magistrale de Anneke Van Giersbergen, sort directement le grand jeu. On pense à un véritable retour en arrière, à une approche plus directe grâce à des titres qui gagnent justement à être plus courts, sans longues plages instrumentales planantes qui peuvent finir par perdre l'auditeur. D'ailleurs, If_Then_Else n'est pas un album bavard, on peut en revanche le jugé calibré avec sa pléiade de morceaux qui n'excèdent pas les quatre minutes, comme autant de singles potentiels.
Il est vrai que cet album contient de quoi faire de nombreux passages radios. Entre rock/metal énervé, petits joyaux de mélancolie (
Amity) ou délires plus doom (
Saturnine), il y en a pour tous les goûts, mais ce qu'il n'a pas en revanche, c'est une réelle ligne directrice qui lui permettrait de tenir la route sur la longueur. On passe trop facilement d'une ambiance à l'autre, sans trop savoir ce que cherche à faire
The Gathering. Les mélodies sont classiques, parfois prévisibles, les samples donnent une impression de déjà entendu (référence à How To Measure A Planet ?) et on finit légitimement que cet album a été composé trop rapidement, que les musiciens avaient encore la tête dans le cocktail sonore de Superheat et qu'ils se sont un peu perdu, ne prenant pas assez de recul sur leur travail pour sortir un disque qui tienne réellement la route. Certains morceaux sont tout simplement inutiles, comme cet instrumental,
Beautiful War, qui vient faire la charnière de l'album avec un riff répété sans grande saveur, ou un
Bad Movie Scene qui sent clairement le réchauffé.
Donc If_Then_Else est un brin instable et on ne sait plus sur quel pied danser. C'est vraiment dommage pour les morceaux qui sortent du lot et qui donnent envie de s'immerger à nouveau, mais d'autres ne parviendront jamais à se dévoiler complètement, même après des écoutes multiples. Il manque cette part de talent qui tirait les trois précédents opus vers le haut, immanquablement. Trop de précipitation peut nuire à la qualité d'ensemble et
The Gathering en paye le prix avec un disque qui ne tient pas toutes ses promesses.
Heureusement, les musiciens sont suffisamment talentueux pour faire passer la pilule grâce à une interprétation plus que correcte. Ce qui ne signifie pas que les compositions soient toutes bonnes ou qu'elles s'inscrivent dans un ensemble. Tout le paradoxe de If_Then_Else tient ici : bien joué, mais pas transcendant. Reste un bon petit album pour
The Gathering, mais certainement le plus faible de la période avec Anneke...