Avec Wolfheart,
Moonspell avait su séduire le public metal et prouvait que la scène portugaise n'était pas dénuée de charme. Ce premier album avait montré un groupe délicat, qui pratiquait une musique fortement influencée par le black metal mais liftée dans des sonorités plus gothiques et somptueuses. Puis il y avait ce chant, à la fois déchiré et sensuel, déclamant avec conviction des textes de très bon niveau. Il était difficile de savoir si ce disque était dû au hasard où si le groupe était réellement doué (l'équipe de France de Football en sait quelque chose : la chance ne frappe jamais deux fois au même endroit).
Irreligious débarque un an plus tard, avec cette pochette simple, où le logo a perdu toute son agressivité. Musicalement, le groupe a également évolué et ne propose pas simplement un Wolfheart Part II comme il aurait pu être tentant de le faire (sombrer dans la facilité est une option attirante, mais délicate à mener à bien). Il se fait plus compact, plus ramassé sur lui même sans pour autant sonner plus violent. La guitare, couplée au clavier, distille des mélodies entrainantes sur lesquelles Fernando Ribeiro n'a plus qu'à poser sa voix, en la modulant pour créer des effets dramatiques ou dynamiser l'ensemble quand le besoin s'en fait sentir.
Ainsi, après une petite intro grandiloquente avec ses chants limite grégoriens, qui n'échappe pas à certains clichés du gothique (cette sempiternelle cloche... Mais d'un autre côté, pour un disque s'appelant Irreligious...), on entre dans le vif du sujet avec
Opium, une petite merveille dangereusement enivrante avec sa rythmique groovy et son clavier entêtant. Ribeiro nous invite derechef à l'addiction. Et on succombe avec plaisir, victime conciliante des Portugais, qui en profitent alors pour nous assommer sans ménagement. Les titres s'enchaînent avec une facilité déconcertante, les vocaux typés black restant très rares (
A Taste Of Eternity, ambiancé et torturé).
Mais le meilleur est pour la fin. Le triptyque
Mephisto/Herr Spiegelmann/Full Moon Madness est à la fois oppressant, jouissif, décadent, subversif... Ribeiro en est l'artisan principal, habité par ses textes, capable de se transformer en un conteur maléfique sur fond de hurlements de loups tandis que la musique se complexifie, prend encore plus d'ampleur, sans jamais se défaire de son efficacité.
Moonspell se réinvente avec Irreligious, s'affranchit de ses touches folk pour se concentrer sur sa facette la plus gothique et sombre sans pour autant céder à la facilité. On est loin des thèmes les plus clichesques du genre et on s'aventure dans une espèce de paradis artificiel qui semble s'opposer à l'autre, le religieux. Une quête des sens onirique et jouissive qui propulse
Moonspell dans le haut du panier des groupes européens.