La pochette laisse présager un disque bien tribal, dans l'esprit du Roots de
Sepultura, avec ces signes qui semblent provenir d'une quelconque civilisation exotique. Megadave n'étant pas un musicien comme les autres, il donne des indices mais ce sont autant de fausses pistes. Mustaine entame sa crise de la quarantaine avec quelques années d'avance. Et c'est parfois difficile à vivre.
Par moment, il se dit qu'il est toujours jeune, qu'il vaut bien le vert galant et nous revient avec un thrash des familles vindicatif à souhait (
The Disintegrators, furieux de bout en bout) ou mutin, comme cet emprunt totalement assumé au
Motorbreath de
Metallica (
FFF). C'est rapide, précis, Mustaine sort sa voix des grands jours et se montre gaillard. De quoi donner le sourire aux vieux fans qui pensaient que la folie thrash était bel et bien enterrée après deux albums qui lorgnaient clairement du côté du heavy metal.
Puis contre toute attente, il y a des moments où Mustaine se sent trop vieux pour ces conneries, où il ralentit le tempo au point d'être parfois méconnaissable (les horreurs que sont
Sin et
Have Cool, Woill Travel figurent sur la liste de ses pires compositions). Et là, on constate le fossé entre Youthanasia et ce
Cryptic Writings. Il manque cette hargne que l'on trouvait encore par moment sur l'opus précédent, la puissance d'un
Addicted To Chaos ou d'un
Reckoning Day. Ici,
Megadeth devient inoffensif. Heureusement, deux titres, parmi les plus calmes, sortent définitivement du lot :
A Secret Place où Mustaine flirte avec des sonorités pop et surtout
Trust avec son refrain bien trouvé, intelligent, qui rappelle que Mustaine peut être un putain de compositeur à ses heures.
Un verre à moitié plein ou à moitié vide ? Entre l'ordre et le chaos, la balance a-t-elle trouvé un équilibre ? Heureusement pour Mustaine, elle tend encore vers plus de qualité que de médiocrité, mais Megadave commence à montrer des signes de fatigue et l'inspiration commence à lui faire défaut. A se pencher sur ce
Cryptic Writings, on peut commencer à percevoir les contours de Risk. Des morceaux comme
I'll Get Even (et là, chapeau à Mustaine d'avoir eu les cojones de placer un tel morceau juste après l'explosion tellurique
The Disintegrators),
Almost Honest ou encore
Use The Man tendent clairement vers cette voie.
Cet album n'est pas mauvais en soi, mais trop hétérogène, sans ligne directrice véritable ; on y trouve à boire et à manger. La version remasterisée de 2004 propose quelques rares bonus, un
Bullprick qui lorgne franchement du côté de
FFF, un
Evil That's Within qui s'oublie vite après écoute, une version alternative de
Vortex, ainsi qu'une autre de
Trust où Mustaine s'amuse à chanter le refrain sous l'eau. Euh... Ah ! On me dit qu'il s'agit de la version espagnole ! Ben Dave a un meilleur accent français, CQFD. Bref, la version remasterisée n'est pas franchement indispensable, sauf si vous voulez rire un bon coup et
Cryptic Writings est un album qui aurait pu être réussi s'il n'avait pas été en partie raté (pléonasme)...