Quatre ans se sont écoulés depuis le fantastique
The Devil's Hall Of Fame, porté par la voix de
Jorn Lande (ex Ark, ex
Masterplan, ex beaucoup de groupes en fait) et les arrangements somptueux de
Finn Zierler. Puis il y a ce silence radio, puis on apprend que Jorn Lande est parti, puis que plus tard, il portera plainte contre le groupe au sujet de droits d'auteurs concernant certaines des compositions. Pour ainsi dire, on pouvait croire que
Beyond Twilight était un groupe mort et enterré, le projet d'un seul album, majestueux, certes, mais insuffisant pour assoir confortablement une réputation.
Puis contre toute attente, la formation revient en 2005 avec ce Section X, affublée d'un nouveau chanteur en la personne de
Kelly Sundown Carpenter, recruté chez les progueux ricains de Outworld. Son style de chant restant assez similaire à celui de Lande, le style ne changera pas des masses et la transition se fera donc en douceur auprès des fans, même si l'on constate rapidement que Section X n'est pas une simple redite de
The Devil's Hall Of Fame, même si les similitudes sont belles et bien présentes, à commencer par l'ambiance.
Encore une fois, Zierler a écrit une histoire très typée SF, où un scientifique créé un clone de lui-même et que ce dernier s'échappe pour vivre sa vie, atteignant la plénitude avec le sado-masochisme, qu'il considère comme la perfection en matière de sexualité. Le scientifique, comprenant que ce clone devient incontrôlable et surtout dangereux, ne peut faire qu'une seule chose : le tuer. Voilà donc le schéma de base qui servira de canevas tout le long de cet album. Toujours construit à la manière d'une bande originale de film avec une continuité logique surprenante, on se surprend rapidement à imaginer les scènes décrites dans les paroles, à vivre pleinement le disque, aussi bien physiquement que psychiquement. Les ambiances étaient évoquées plus haut, elles sont plutôt froides et empruntent volontiers à l'univers du film d'horreur, au travers d'une partie instrumentale hypnotique ou des passages lugubres et malsains à souhait.
Beyond Twilight évolue dans un registre progressif, terme qui a tendance à évoquer quelque chose de tellement complexe que cela en devient chiantissime. Cependant, il est bon de s'ôter cette idée de la tête, car au milieu de dissonances volontaires et de trips parfois brumeux au détours de breaks assassins, les morceaux sont pensées d'un point de vue plus strictement musical, accentuant sur le côté metal avec une guitare bien plus présente que sur le premier opus. Evidemment, les compositions ne se développent pas en ligne droite, elles demeurent tout de même quelque peu alambiquées, mais elles restent cependant facile d'accès. Sans être un album grand public, Section X n'est pas hermétique pour autant. Beaucoup de personnes pourront facilement y trouver leur compte, donc.
Les titres sont relativement longs, angoissant.
The Path Of Darkness est un très bon exemple, avec ses couplets agressifs auxquels succèdent des refrains emprunts de mélodie, mais évocateurs, avec une puissance sous-jacente qui parvient sans problème à filer la chair de poule. Un peu torturée, parfois grandiloquente, la musique se met en adéquation avec les paroles et, par là, nous plonge dans un maelström d'émotions et de suspens, un thriller psychologique mené de main de mettre par un groupe qui rend son art vivant et diablement visuel. La voix de Carpenter fait des merveilles, il est l'un des artisans de la force de ce disque, capable d'évoluer dans l'agressivité simple ou dans un style plus nuancé, chargé de mélancolie. Il vit les personnages qu'il interprète, dans leurs perversions comme dans leurs craintes, avec un plus d'âme pour l'accent véridique sur ces acteurs de l'ombre.
Elégant, puissant, raffiné, ce disque permet à
Beyond Twilight de franchir une étape dans son développement, en étant beaucoup plus centré sur sa facette metal, sans pour autant oublier que le plus important, ici, est le sujet traité par Zierler. Sans l'histoire, pas d'imbrication possible et chaque album du groupe vit et survit dans le temps grâce à cette chaîne logique entre les compositions, que ce soit l'interlude instrumental ou les nombreux morceaux de bravoure qui se déploient sans jamais lasser l'auditeur.
Section X est un disque fort. Effrayant par moment, capable de se muer au supplice quand vraiment on s'y immerge à fond, que l'on se laisse happer comme ce nageur trop loin de la côte qui sait qu'il ne pourra l'atteindre et qui, en désespoir de cause, se laisse entraîner dans les hauts fonds par le requin qui lui a pris la jambe. Loin de l'expérimentation délirante et pas toujours finaude d'un
Dream Theater,
Beyond Twilight développe son propre style, noir, horrifique et en même temps, complètement jouissif. Aussi bien que
The Devil's Hall Of Fame, un disque à posséder d'urgence.