Cirith Ungol, c'est un groupe maudit, donc pour certains (et par extension diront-ils) totalement culte. Formation qui voulait jouer un certain style de heavy metal épique et guerrier dans une Amérique qui voulait du fun, du glam et des paillettes,
Cirith Ungol était mal parti pour s'imposer, un peu comme
Manilla Road d'ailleurs. Bref, avec un style prompt à séduire l'Europe mais inadapté aux goûts USA, la formation avait un sérieux handicap.
Se trimbalant un nom tiré du monde de Tolkien et des pochettes tirées de l'univers de Michael Moorcock (le cycle d'Elric, eeeeeeeeeeeeeeh oui...), les thèmes abordés par
Cirith Ungol ne font aucun doute : l'amour et la passion...
Pardon, j'ai interverti mes fiches de
Within Temptation et euh...
Désolé.
Bref, les paroles de
Cirith Ungol traitent de la fantasy, avec punch, une certaine virulence, une envergure épique, mais musicalement, le groupe se cherche encore. Tenaillé entre une passion assumée pour les années 70, le son de
Black Sabbath et des variations plus modernes (on est après tout aux balbutiements des '80), les musiciens peinent à se trouver un style. Du coup, on oscille entre compositions énervées (
Frost And Fire en première place) et des mid tempos où l'héritage du Sabbat Noir n'est jamais loin (
I'm Alive, qui n'en demeure pas moins intéressante). Le chanteur
Tim Baker possède une voix étrange, agressive, criarde, qui correspond bien à la tonalité belliqueuse même si le rendu n'est pas toujours très agréable à l'oreille.
Passé les deux premiers titres, la magie n'opère plus franchement, comme si
Cirith Ungol n'avait plus grand chose à proposer et s'enlisait inévitablement dans un dilemme cornélien : garder le son des 70 ou plonger de plain-pied dans les années 80 quitte à s'en mordre les doigts. Et du coup, oui, à ne pas prendre de décision ferme et difinitive, le groupe se les mord cruellement. Et c'est avec des moignons sanglants qu'ils tentent des gros coups, comme pour
Edge Of A Knife dont le refrain sonne définitivement punk mais qui tombe un peu comme le cheveu d'un chauve sur la soupe d'un barbare.
Si dans le livret la chanson
Maybe That's Why possède des paroles, il s'agit contre toute attente d'un instrumental émotionnel, un peu longuet, un peu répétitif, mais qui dévoile le talent d'interprétation des musiciens. Une touche de finesse qui clôturait l'album à l'origine (dans la version remasterisée, il s'agit d'un titre live, l'éponyme
Cirith Ungol). Voilà. Et l'auditeur reste un peu sur sa faim.
Effectivement, le groupe ne tient pas toutes ses promesses et se cherche encore. Ce n'est pas franchement catastrophique, mais excepté les deux premiers morceaux, faut avouer que le reste a du mal à brandir une épée. Bref, inutile de rouvrir les maisons closes, les barbares ne méritent pas encore le repos du guerrier et le Walhallah n'en parlons pas.