Les membres de
Saxon ont de temps en temps eu des fulgurances venues d'ailleurs, comme le fait de choisir justement ce nom de peuple fier et guerrier pour se représenter à la place du distingué
Son Of A Bitch qui n'était pas des plus vendeurs. Puis il y a d'autres choix, discutables ou carrément étranges.
Ce premier album est une curiosité en soi. Le punk devenait (déjà) moribond,
Motörhead terrorisait les personnes âgées et les bébés dans leurs couffins,
Def Leppard sortait de l'ombre à grands coups de griffes,
Iron Maiden se préparait à conquérir le monde en toute modestie, les vieux briscards de
Judas Priest profitaient de la fougue des jeunes pour apparaitre sur le devant de la scène et Saxon sortait donc son premier album sur un label français, Carrère, pas franchement coutumier du style pratiqué. Quant au style, parlons-en.
Derrière cette pochette semblant représenter le chanteur
Biff Byford, qui à cette époque n'avait pas les cheveux blancs, grimé en une espèce de warrior venu d'un lointain passé se cache un disque sans style réellement défini où les influences se bousculent parfois maladroitement pour donner naissance à un album sans ligne directrice précise. Ainsi, des sonorités dignes de
Uriah Heep se téléscopent avec des passages faisant songer à
UFO tandis que des riffs secs semblent avoir germés de chutes de studio de
AC/DC. S'il y a une ambiance furieusement rock'n'roll tout du long, il n'y a rien qui laisse présager que Saxon allait devenir l'une des forces de frappe du heavy metal même si
Stallions Of The Highway tend clairement dans cette direction. La paire de guitaristes
Graham Oliver/
Paul Quinn ne fait pas encore preuve d'ingéniosité au niveau des soli ou de leur manière de riffer même si l'on découvre déjà une certaine complicité. Musicalement, Saxon n'est pas encore au point car il y a un manque flagrant de personnalité. En revanche, d'un point de vue vocal, le chant de Byford retient tout de suite l'attention, une voix un peu geignarde, très particulière, qui se rapproche de celle d'un scalde métallique, en référence directe avec la pochette.
Ce Saxon premier du nom n'est pas un indispensable du metal. Avec ses vingt huit petites minutes, il ferait penser à une démo qui a eu du mal à s'épanouir. Mais il y a ce petit quelque chose qui sans être du génie, le rend attachant, un je-ne-sais-quoi qui permet de passer juste un bon moment avec de la musique. Les fans du groupe qui veulent se procurer ce disque peuvent investir dans la version remasterisée de l'album parue en 2009, qui fait environ le triple de la durée initiale de l'opus, avec des démos, des sessions live à la BBC ou des passages du concert donné aux Monsters Of Rock de Donington en 1980. Pas de quoi brader sa grand-mère à un maquereau car pas mal de redite, mais sympa tout de même.