Planquez les vierges timides, les curés et votre vieille voisine qui collecte des fonds pour la SPA,
The Legion est de retour et ça va faire mal ! Ce groupe suédois nous revient après trois ans d'absence, après un
Revocation plutôt convaincant qui montrait que
Emil Dragutinovic était décidément un grand batteur de black metal, capable de blast beats effrénés et de breaks au millimètre. Conscient du potentiel de son groupe, il décide de quitter le géant
Marduk pour se consacrer entièrement à
The Legion et le résultat en valait vraiment la peine.
Les musiciens ont pris conscience qu'en allégeant certaines parties, la brutalité de l'ensemble serait plus palpable, plus efficace. Aussi, ils ont truffé
A Bliss To Suffer de nombreux passages atmosphériques "dimmuborgissants" dans l'esprit et particulièrement réussis, au point de se réinventer presque totalement sur quelques chansons. Un morceau comme
The Luring Depths est en ce sens un petit bijou, mélodique et précis, avec un fond éthéré propice à des accélérations monstrueuses comme
The Legion en a le secret. Les choeurs délicats, à la fin, viennent apporter une touche de spiritualité qui paraitrait presque incongrue avec ses quelques notes d'orgue, un petit raffinement qui devrait être particulièrement meurtrier sur scène quand le groupe enchaînera avec une ode dédiée à l'ultraviolence...
Maniant aussi bien les codes du black metal que celui, outrageusement précis, du death metal,
The Legion varie les plaisirs, passant de l'un à l'autre comme une mouche s'en va de cadavre à cadavre, histoire de prendre le meilleur de chaque charogne. Ainsi, le groupe reste en grande partie fidèle à sa ligne de conduite initiée dix ans plus tôt. Du coup,
The Inimical prend une tournure plus heavy, avec une rythmique carrée et qui évite le piège du blast beat pour donner du corps à l'ensemble, tandis que
Shinning Redemption dégagera une aura plus noire, glauque, à la norvégienne.
Fort de ses qualités,
The Legion propose avec
A Bliss To Suffer un album bien amené, mais parfois un peu en-deça de ce que l'on peut espérer : certains passages sonnent trop "classiques", on a l'impression de les avoir déjà entendus et une impression de redondance peut finir par s'installer. Redondance par rapport à un style archi exploré, redondance par rapport à certains groupes qui ont compté pour les musiciens. Un mauvais procès assurément, surtout que
The Legion s'efforce de varier son discours intelligemment. Autre bémol, l'intensité que dégage cet opus est un peu suffocante et on se rend compte que sans les parties atmosphériques, il aurait pu être quelque peu indigeste. Mais le groupe livre une prestation de bonne qualité qui devrait ravir aussi bien les fans de
Mayhem,
Marduk ou
Dimmu Borgir. Et rien que pour ça, ça mérite que l'on y prête une oreille attentive.