Mine de rien, la scène française, quoi qu'on en dise, se porte bien. Je ne parle pas de Benabar, Raphaël ou autres Sanseverino, mais bel et bien de la scène assimilée metal. On a beau se gausser, dénigrer les groupes français parce que les Anglo-saxons semblent détenir la vérité ultime, des combos comme
Gojira ou
The CNK ont largement les capacités pour passer les frontières et s'imposer sur le plan européen, voire mondial. Et dans un genre quelque peu différent,
Sith pointe le bout de son nez et risque fort de créer la surprise en ce début d'année 2009.
Sith, c'est à la base un projet uni personnel, celui de Sith (Stéphane Verdura, connu pour avoir collaboré à
Gogol Premier), agrémenté de deux musiciens pour la scène. Musicalement, les metalleux purs et durs risquent de ne pas apprécier la démarche du combo et de suffoquer sous le déluge de beats technoïdes.
Pour les plus ouverts d'esprit, Sith pourrait très vite prendre une place de choix dans leur collection. En effet, le groupe du Var dégage une énergie malsaine et destructrice, délicieusement post-apocalyptique et diablement évocatrice. On pénètre rapidement dans un univers de noirceur où la violence est plus morale que physique. On ne peut pas dire que la musique soit brutale, même si la guitare vient s'inviter, rêche, formant des murs compacts chargés d'animosité. La batterie, elle, n'use que rarement des plans typiques du metal, du coup les rythmiques surprennent ; la direction prise est clairement electro. Sith traduit son oeuvre par le terme goth-core et en y réfléchissant, on ne peut pas vraiment lui donner tort ; c'est torturé, entre colère sourde et mélancolie, le disque dégage une espèce de beauté sombre et décadente, tout en restant loin des clichés. On appréciera la violence quasi punk des guitares qui accentue le côté malsain de la chose.
Sur cette musique, Sith pose sa voix, crie, et montre qu'il est capable d'un chant clair du meilleur effet (
Lost). En l'écoutant, on visualise facilement un enfer cyberpunk. La détresse de
Kill Me évoque le final de La Mouche de Cronenberg,
Eat donne vie aux créatures de Romero ou rend la présence d'Hannibal Lecter presque palpable... Sith se vit presque autant qu'il s'écoute et nous fait partager une expérience effroyable ; il nous égare dans un monde hostile où des créatures tapies dans l'ombre se tiennent prêtes à fondre sur leurs proies.
Evidemment, Sith ne plaira pas à tous les metalleux. J'en ai déjà parlé. Si les démarches abondent en ce sens, musicalement, on reste toutefois trop proche d'une electro technoïde teintée de coldwave pour intéresser une large frange de ce public si exigeant. Mais ceux qui se donneront la peine de rentrer dans cet univers risquent fort d'en revenir conquis. Il est facile de succomber au charme des compositions qui évitent l'écueil du ringard ou de la redite qui rendrait l'ensemble stérile. Et s'il y a quelques invités, cela n'enlève rien à la cohérence de ce disque aux effets dévastateurs. A découvrir.