Hacride fait partie de ces nombreux groupes dont l’écoute se doit d’être approfondie pour capter le message envoyé. Avec Lazarus, les français ne dérogent pas à la règle et se permettent même de pousser plus loin la complexité par rapport à leur précédent essai Amoeba. Cette complexité est-elle dès lors positive ou négative ? Une chose est sûre :
Hacride joue avec le feu.
En démarrant son album par un morceau de quinze minutes, les Poitevins surprenent. Le groupe ne nous avait pas habitués à une telle longueur. « To walk among them », du long de ses quinze minutes est inévitablement (et heureusement) très progressive. Oscillant entre l’acoustique propre à
Hacride (le léger ton flamenco) et rythmique violentes rappelant Amoeba, le titre est excellent et sa construction incroyable. Pas d’ennui,
Hacride sait y faire, de bout en bout les surprises s’enchainent entre refrains percutants aux envolées lyriques, interludes légères très atmosphériques et final oriental poètique. Un des meilleurs morceaux qu’ils aient pu composé et surtout une entrée en matière du tonnerre.
La suite ne déçoit pas non plus, l’album étant construit sur un concept précis, soit le syndrome de Lazare, défunt ressuscité par le Christ dans le Nouveau
Testament mais ici état de mort clinique suivi d'une "réssurection" inexpliquée du patient. On aurait pu craindre une homogénéité mais on découvre très vite que chaque morceau, non content de s’enchainer pour former une alchimie parfaite, comme une histoire que l’on nous conte, possède une identité. L’excellent final « My Enemy » par exemple, un des meilleurs titres de l’album, et ses ambiances aèriennes enivrantes, sa fin orientale dantesque ou son refrain entêtant, se détache aisément du lot. L’interlude « Phenomenon », sobre et efficace également, qui arrive à point nommé dans l’album, permettant la respiration de l’auditeur. Malgrè cette identité propre à chaque morceau, les influences se font malheureusement trop ressentir.
Hacride se détache quelque peu de sa base
Meshuggah (qui reste très présente cependant comme sur « Awakening ») pour aller du côté des grands du Post-core. Le résultat laisse pantois, les ambiances sont décuplées, l’album possède une âme (la fin de « My Enemy », magnifique) mais la comparaison est parfois inévitable comme sur « Phenomenon » où
Hacride semble toucher de près
Isis et
Neurosis pour des envolées mélodiques de toute beauté. Le plus gros exemple de ces influences gênantes reste le début de « A world of lies » qui renvoie directement à
Tool.
Au-delà de tout cela,
Hacride en impose sévérement. En rendant sa musique plus progressive (une moyenne de huit minutes par morceau), il joue la carte de la diversité et marque la différence d’avec Amoeba, plus direct. Si les compositions sont très riches en ambiances et variations de style (en témoigne « To walk among them » et sa palette musicale ou « Act of god » et sa fin au piano), le chant est lui parfois rebutant. Sam Bourreau a effectivement décidé de miser sur le chant guelé et clair, révélant parfois de gros problèmes de faussetés (sur « Lazarus » notamment ») ou d’excès de lyrisme (trop de guelante sur les changements de riffs tue l’effet voulu). Les multiples effets apportés à sa voix claire sont également assez dommage, donnant une impression de gommage des défauts qui rend le tout moins naturel, un choix certainement de la part du groupe qui ne sera pas du goût de tous malgrè une puissance vocale évidente et des parties vocales exceptionnelles.
En parlant de production, il est incroyable de voir les bonds de géant qu’effectue
Hacride entre chaque album. Avec Franck Hueso aux commandes, le responsable du dernier
Mistaken element, on ne pouvait que s’attendre à une production monstre et c’est bien le cas : c’est tout bonnement parfait, chaque mélodie ressort à la perfection, chaque rythmique est percutante et la batterie sonne du tonnerre de Dieu. Un détail cependant : l’acoustique souffre d’une production trop lisse à certains moments, rendant les parties faibles en matière de ressenti (le début de « Lazarus »).
Lazarus va donc surprendre. Il est évident que dans tout les cas il fera parler de lui et chez les fans acquis à la cause du groupe, et chez les metalleux. Dans la scène hexagonale,
Hacride se place désormais en haut de la file, l’album est extrêmement riche et demandera une longue capacité de compréhension pour ressentir les choses voulues par le groupe. Une énorme surprise donc, qui montre encore une fois l’étendue du talent des poitevins, malgrè des erreurs indéniables et des choix artistiques qui peuvent déplaire. Un excellent album au final, et le meilleur qu’ils nous aient pondus à ce jour, digne successeur d’Amoeba qu’il surpasse en exploitant mieux encore les samples notamment. On attend la suite avec impatience en espérant qu’elle sera cette fois sans défaut.