Décidément,
Arogath est un groupe courageux. En proie à de récurrents problèmes de line-up, le jeune groupe originaire de Orange (pour les nuls en géographie : Orange n'est pas que de la téléphonie ou un fournisseur d'accès, c'est aussi une ville de PACA), trouve tout de même la force de mettre au monde ce premier EP autoproduit, se payant le luxe de se doter d'une pochette délicate et très intimiste malgré ce grand espace.
Du coup, c'est
Stef qui se retrouve avec une sacrée charge de travail : outre la guitare et le clavier, il a également à assurer la composition, la production et le mixage de ce disque et l'ensemble n'est pas toujours parfait. Parfois trop étouffé quand la musique devrait être plus aérienne (
Guardian Angel, très bon titre au demeurant, aurait été formidable avec un son plus éthéré).
On peut dire que Arogath évolue dans les sphères du metal gothique, quoique cette dénomination peut être trompeuse. En effet, il est facile de se laisser tromper par un chant féminin tour à tour harmonieux ou plus mordant et l'aspect fantômatique de certaines parties. On peut penser à un
After Forever qui aurait sacrifié ses tendances lyriques pour un son plus froid, plus metal, teinté de passages atmosphériques de bon aloi. Du coup, on ressent pleinement l'effort de composition et d'interprétation. Le combo est bien en place, il joue bien. La guitare est vive, toujours mélodique et se laisse volontiers seconder par un clavier assez discret, jamais envahissant.
Ronnie, le batteur, ne cherche pas à s'imposer en débordant, il se cantonne dans son rôle, apportant une solide assise rythmique variée et agréable. Le chant d'
Iyona quant à lui, souffre du mixage. La voix de la demoiselle est un peu trop en retrait et quand on écoute le résultat, on est un peu déçu, parce qu'en définitive, elle parait sous exploitée alors qu'elle semble prometteuse. C'est l'un des principaux points faibles de cet EP qui aurait mérité un meilleur sort.
Arogath n'est pas forcément très original dans son approche de la musique. S'il semble évoluer aux frontières de divers styles, le groupe garde cependant une ligne directrice clairement définie. On est un peu dans la brume, mais une brume que le combo libère pour mieux nous perdre, nous amener dans son antre où il saura nous faire chavirer. Une chose est sûre : si cet EP n'est fondamentalement pas transcendant, il représente néanmoins un espoir - encore balbutiant - de la scène metal atmo française. A n'en pas douter, la prochaine réalisation de Arogath sera plus aboutie, plus forte, plus riche. Un groupe, une initiative à encourager. En espérant qu'enfin les musiciens trouvent la stabilité qui leur fait hélas défaut.