Si j'ai découvert Thin Lizzy, c'est grâce à la sympathique reprise "Whiskey In The Jar" par
Metallica, pourtant bien différente de l'originale, qui est très aérienne.Enthousiasmé par leurs racines irlandaises et leur bassiste/chanteur, ce qui constitue deux préjugés positifs pour moi, je me suis procuré ce
Jailbreak.
Et avant d'aborder l'album dans son ensemble, Jailbreak (la chanson) annonce la couleur de
Jailbreak (l'album).C'est du hard rock solide et burné, ni plus ni moins.Mais c'est du très très bon hard rock, on s'embête beaucoup moins qu'avec certains
ACDC (le dernier notamment, qui n'a pas réussi à m'enthousiasmer suffisamment pour que je l'écoute en entier.
Thin Lizzy, c'est des couilles, un coeur, des couilles, un cerveau, des couilles et des couilles pour parler vulgairement. Avant tout on est frappé par l'énergie et la testostérone qui se dégage de la voix de Phil Lynott. Loin d'écouter un bourrin, on a l'impression de s'attabler à un bar et de boire Guiness sur Guiness avec l'Irlando-brésilien, qui nous livre ses voyages, ses amours, sa vie comme un ancien marin. Dans le genre je-conte-une-histoire, Bon Scott d'ACDC ressemblait à un biker quelque peu libidineux et Lemmy à un ancien mercenaire (qui serait passé dans la Waffen SS ou les SAS, on ne sait pas trop), mais Lynott donne plutôt dans le matelot émergeant des brumes, plus mélancolique et tendre (sur Romeo And The Lonely Girl par exemple) que ses collègues, mais aussi burné, qu'on se le dise.Et nous voilà suspendu à ses lèvres pour la durée d'un album.
Bien que faisant une grande partie de l'atmosphère, la voix n'est pourtant la seule composante importante de cet album. Il faut parler du duo classieux Brian "Robbo" Robertson/ Scott Gorham, qu'on apprécie et perçoit sur toutes les chansons, particulièrement sur The Boys Are Back In Town, pièce centrale de l'album. Très rock et puissant, pourtant non dénué de subtilités (qu'on entend pas à la première écoute, le break sussuré s'il fallait citer un exemple), c'est une alchimie parfaite qui est déployé par les quatre gaillards de Thin Lizzy, les guitares sont efficaces et se complètent parfaitement (faut il le dire, le jeu des deux gratteux de Thin Lizzy inspirera
Maiden,
Judas Priest, les
Mets...)Les mélodies sont développées et explorées par Robbo et Gorham, très en forme et qui apposent leur patte et leur connaissance de l'instrument sur les compos fortes de Lynnot (on reconnaît d'ailleurs très bien le jeu mélodique de Robertson dans
Another Perfect Day, l'album qu'il fit,ayant intégré pour un temps
Motorhead).Le jeu en question réponse donne beaucoup de choses à chercher, encore une fois sur la totalité de l'album, chaque piste étant un dialogue entre les deux six-cordes de Thin Lizzy.Quant aux performances musicales des autres membres,Downey martèle ses futs fortement et joliement, le seul regret à faire serait qu'on entend peu la basse (à part sur le très beau et puissant Emerald).
La fin de l'album est moins frénétique que la première partie (Fight and Fall prend son temps), mais toujours aussi chargée en émotion, et toujours aussi puissante avec une pièce de fin, Emerald, qui clôt cet opus aussi fort que Jailbreak l'avait commencé.
Jouissif et burné au possible, pourtant non dénué d'émotion et de secrets à percer (la ligne de basse de The Boys Are Back in Town est géniale, mais il faut se pencher dessus pour l'entendre).Un disque qui suinte la sueur masculine et cache beaucoup de sensibilité et de subtilité, indispensable, tout simplement.