Le nom
Megadeth évoque une des gloires du thrash, un chanteur charismatique doublé d'un caractériel. Le groupe donne une image de valeur sûre de la scène heavy thrash américaine, au moins jusqu'en 1997 et l'étrange
Cryptic Writings. Sur cet album, on pouvait découvrir que
Dave Mustaine était déchiré, entre deux volontés qui, dans un certain sens, étaient commerciales : donner au public ce qu'il voulait, à savoir un thrash puissant, ou à contrario, séduire de nouveaux kids en proposant des morceaux plus soft.
Pour Risk, Mustaine a choisi la pire des options possible : "popiser" sa musique.
Mettez-vous un instant à la place des die hard fans du groupe (si c'est votre voisin, changez de chaise avec lui, mais je ne pense pas que ça ait l'effet escompté), des fans qui suivaient Megadeth depuis le magistral
Peace Sells... But Who's Buying au moins, sinon depuis les tout débuts. Imaginez-les, déjà échaudés par un
Youthanasia trop calme pour certains puis par un Cryptic Writings qui a du leur donner des sueurs froides, imaginez-les découvrant cet album à l'opposé de ce qu'ils espéraient tous. Le groupe sacrifie la brutalité, le son bien heavy, la vitesse pour aborder une musique posée, agrémentée d'arrangements électroniques, avec un Mustaine qui parait bien serein derrière le micro si l'on en croit tous ces passages où il chante presque bien, sans se vêtir de sa hargne habituelle, celle qui nous faisait pardonner ses petites imperfections vocales. Mustaine, c'était un style de chant. Et là, il donne l'impression de se trahir lui-même.
Première constatation,
Nick Menza s'en est allé, laissant sa place à l'excellent
Jimmy DeGrasso qui vient apporter du groove. Jusque là, pas de soucis majeurs. Là où ça commence sérieusement à pécher, c'est au niveau de la production. Dann Huff a réussi à lisser le son de Megadeth au maximum, privant ainsi le groupe du punch dont il a besoin. Prenons le cas du premier single,
Crush'Em, dont le refrain se veut agressif, mais n'y arrive pas. Avec un mix plus heavy, le résultat aurait-il été plus motivant ?
Cependant, en creusant un peu, on se rend compte que ce disque, construit comme un album de pop (de bonne pop se défend Mustaine), n'est pas franchement mauvais. Certaines mélodies interpellent l'auditeur, la composition, sans être fantastique, n'est pas aux oubliettes. Des morceaux comme
Insomnia ou
The Doctor Is Calling sont des petits brulots qui n'explosent pas comme ils le mériteraient à cause de cette fichue prod, trop aseptisée. Dans un style différent,
Ecstasy et
Time : The Beginning sont intrigantes par l'utilisation de guitares acoustiques et au final, se révèlent être de bonnes surprises.
Effectivement, Mustaine s'est vendu. On pensait que Megadave était fort, mais il sait se faire Megafiote également. Cependant, son talent de composition ne peut entièrement être remis en cause, la plus grande faute de goût de cet opus étant, outre une pochette hideuse, d'être trop axé sur l'accessibilité pour le "non-initié". Une démarche plus pop, genre qui sert souvent de cible pour les metalleux les moins tolérants... Mustaine espérait-il réellement que ce Risk devienne une manne à fric ? En tout cas, ce disque n'est pas franchement honnête, pas franchement mauvais, certainement pas très bon. Un album moyen et ce, quelque soit le genre pratiqué, restera moyen.
A noter que la version remasterisée de 2004 propose trois titres bonus dont on peut se passer car de simples remixes, ainsi qu'une pochette bien plus avenante. Mais cela peut-il motiver un achat ? Plutôt celui-ci que l'album suivant, à mon sens...