Mayhem, c'est une institution du black metal. On peut se demander pourquoi, c'est légitime, le groupe ayant toujours eu une carrière en dents de scie ou grandement surestimée. En remontant le temps jusqu'en 1987, on peut découvrir ce
Deathcrush, premier méfait "officiel" des Norvégiens, conduit par un
Euronymous en grande pompe (funèbre). Pour l'instant, rien de bien précis à l'horizon, la vague black metal en est encore à ses balbutiements.
Deathcrush a l'avantage d'être vraiment très court. Parce que Deathcrush est à la limite de l'inaudible, un produit au son mauvais et à la composition navrante.
Mayhem pratique ici une musique héritée du punk teintée d'une haine primaire, malveillante. On assiste plus ou moins à la protogenèse du black metal des années 90, sauf que l'on ne retrouve pas les ambiances froides et glauques liées au genre, ni même cette esthétique nihiliste et jouissive qui ont fait le succès du genre. Le chant de
Maniac n'a pas encore cette tessiture particulière, ce sont ici des cris inarticulés, qui viennent du fond de la gorge et qui par le plus grand des malheurs, doivent venir mourir sur nos tympans. Ben merde alors.
Musicalement, seule la batterie est réellement intéressante, comme sur cette courte marche militaire qui ouvre le disque (
Silvester Anfang). Le reste n'est pas forcément très motivant. La basse de
Necrobutcher est particulièrement mal mixée, le jeu de Euronymous n'a rien pour lui : un style pauvre qui ne sert même pas les compositions et ne parvient pas à leur donner un aspect cru, malsain. On note surtout un manque de puissance dans cette cacophonie ambulante. Finalement, on se retrouve avec un disque plutôt fadasse.
Mayhem a eu de la chance dans son malheur. Ce qui a rendu Deathcrush réellement culte, ce n'est pas le fait que cet EP date de 1987 et qu'il se pose donc comme un bel ancêtre de la scène norvégienne, mais la suite de l'histoire de ce groupe sulfureux. Sans le suicide de
Dead, sans l'Inner Circle et ses dérives et surtout, sans le meurtre sauvage d'Euronymous par cet autre cinglé qu'est
Varg Virkenes,
Mayhem serait toujours confiné dans les caves les plus sordides de l'underground (
De Mysteriis Dom Sathanas devant son succès en grande partie au décès de son géniteur). Du coup, Deathcrush récupère une partie de ces lauriers, comme un grand usurpateur. Culte. On peut cacher beaucoup de choses derrière ce mot de cinq lettres et ce statut fait souvent que l'on excuse l'impardonnable. Là, l'impardonnable est que ce n'est, en définitive, que du bruit et qu'il n'y a rien à retenir, les morceaux présents ici ayant trouvés leur rang de classique grâce à la scène.
A oublier. Franchement.